lundi 7 septembre 2015

Automobile: une petite prise de données et toute une industrie émerge

Dans un billet précédent, après avoir rebooté une voiture automatique (DSI@Home: pourquoi j'ai rebooté ma voiture?),GreenSI a décidé d'explorer le futur numérique de la voiture.
Et de se poser la question: est-ce qu'on est pas en train d'observer pour la voiture ce qui est arrivé au mainframe il y a 30 ans avec l'arrivée du PC, c'est à dire une totale explosion de l'ecosystème de son industrie, rendue possible par le logiciel et les données.

Sans aucun doute, les voitures autonomes et les voitures connectées sont le buzz du moment. L'Idate estime à 420 millions, le nombre de voitures connectées d'ici 2018, dans 3 ans. Mais ce qui intéresse GreenSI c'est la myriade d'acteurs "inconnus" de l'industrie automobile, qui émergent et qui sont en train de changer cette industrie.

Avez-vous déjà entendu parler de Xee en France ou de DashZubieMojio, et encore Automatic aux Etats-Unis?

Déjà, fin 2013, GreenSI faisait le constat que Google était aussi crédible, aux yeux du public, pour vendre des voitures, que des marques centenaires comme Peugeot, Renault ou Ford (Numérisez-vous vite avant que les Techs companies ne prennent votre business). Depuis, Tesla a montré qu'un nouvel entrant pouvait directement arriver dans le haut de gamme, avec des prix qui commencent à 75.000€ pour le modèle S. Voilà pour le "hardware", mais aujourd'hui on assiste à l'émergence d'une myriade de start-ups autour du software.

L'idée de Xee ou d'Automatic, c'est un boitier qui se connecte sur la prise de diagnostic de la voiture. Kesako?
Et bien j'ai eu la même réaction et je suis allé sous le volant de ma voiture regarder cette prise utilisée par les garagistes pour récupérer toutes les données de la voiture et établir un diagnostic avec une "valise ordinateur". Cette prise existe bien et son protocole d'échange indépendant des constructeurs, est normalisé pour la majorité des modèles, et ce depuis presque 20 ans.

Petits cachottiers ces constructeurs..
.
Voici une opportunité d'innovation qu'ils ont dans les mains et qu'ils n'exploitent pas avec leurs clients finaux, mais uniquement avec leur réseau.

Car il suffit d'un smartphone connecté à un boitier mis sur la prise (en Bluetooth par exemple), pour remonter ces informations dans le "cloud" en temps réel, et en faire des applications intelligentes. On peut même court-circuiter le smartphone pour la remontée d'informations en mettant une carte SIM dans le boitier et un GPS (comme Mojio). Là c'est une opportunité manquée par les opérateurs de télécoms mobiles à la recherche de services, qui d'ailleurs connaissent déjà la localisation de la voiture, de ne pas être aller chercher avec de l'open innovation, cette donnée délaissée par l'industrie automobile.

 

Vous l'avez compris, c'est la capacité a récupérer ces données, les traiter avec des algorithmes adaptés, et en restituer de la valeur ajoutée au client final via son smartphone, qui a de la valeur.

Dans les services offerts par ces start-ups qui se lancent dans l'exploitation de ces données on trouve :

  • la remontée des problèmes techniques... avant d'aller voir votre garagiste,
  • l'alerte si vous avez laissé les phares allumés ou de verrouiller les portes, et si vous êtes étourdi, où vous avez garé votre véhicule. Mais ça le smartphone savait déjà le faire tout seul avec la géolocalisation,
  • le partage de position dans une situation de crise, détection d'accident en automatique, prévenir les proches ou les secours,
  • le niveau de carburant (avec seuil d'alertes paramétrables), kilomètres parcourus
  • la gestion de son budget carburant
  • la répartition des coûts au réel lors de co-voiturage
  • le coach pour améliorer votre conduite (le positionnement de la start-up Dash)
  • ...
Mais la leçon d'innovation numérique donnée par ces start-ups ne s'arrête pas là.

Car elles savent que la valeur des ecosystèmes suit la loi de Metcalfe, à savoir que la valeur d'un réseau augmente avec le carré du nombre de participants. Alors certaines applications comme Automatic vous ouvrent vos données récoltées dans leur "cloud", et via IFTTT, dont GreenSI parle souvent, vous pouvez les connecter à d'autres applications. D'une myriade d'acteurs, émerge une myriade de nouveaux usages en croisant les données.


Par exemple en se connectant à une application de gestion de flottes de véhicules pour les professionnels, à des logiciels de gestion  de dépenses (ex. Expensify), ou tout simplement à vos outils bureautiques, pour envoyer un e-mail en automatique à votre garagiste quand un problème technique est détecté, pour capturer dans un tableur tous vos trajets et leur consommation, ou pour allumer la lumière chez vous quand vous arrivez dans la rue.

Et oui, la voiture connectée parlera certainement dans un futur proche à votre maison connectée et votre à ville intelligente, mais ce sera pour un autre billet.

Bien sûr, qui dit ouverture de données, dit sécurité.

Et l'été a été riche en affaires de piratage de voitures connectés, par des journalistes ou des hackers, en mal de montrer les dangers de la révolution à venir.

Déjà avec une Jeep que deux acteurs ont réussi à faire quitter la route et qui a obligé Fiat Chrysler une semaine plus tard de lancer le rappel de 1,4 millions de voitures aux Etats-Unis.  Dans son billet "La sécurité du SI est-elle compatible avec son ouverture", GreenSI avait déjà parlé d'une ancienne vulnérabilité des Porsche, via leur application mobile (et ses API), qui elle a les "clefs logicielles" pour accéder à la voiture... et donc peut tenter un hackeur.

D'où l'importance des architectures et des règles de sécurité autour du développement de ces logiciels.

Le piratage de la Jeep a donné l'idée à Uber de recruter ces deux hackers à l'origine de cette expérimentation. Visiblement les compétences autour des données et le bigdata intéressent Uber, mais ça on le savait déjà puisque la valorisation de cette société sans chauffeur est dans son algorithme et sa plateforme.

Uber aussi modifie l'écosystème de l'industrie du transport, comme Waze, le réseau social des conducteurs, qui produit en masse des données géolocalisées enrichissant Google Maps. Une société déjà dans Alphabet, la maison mère de Google. Bien anticipé! 

Du conducteur à la voiture, c'est tout un ecosystème qui est en train de prendre d'assaut les données de la voiture et de la route, délaissées par les constructeurs et les équipementiers. Mais il semble qu'il y ait un sursaut des acteurs historiques, quand cet été AuditBMW et Daimler se regroupent pour racheter "Here" le service cartographique de Nokia, ou que l'équipementier Delphi rachète Ottomatika, une start-up qui développe des logiciels pour la conduite autonome et connue de la presse informatique, peut être même du DSI de Delphi. Avoir les mêmes armes (data, logiciel, géolocalisation, cartographie...) que ces start-ups, c'est effectivement une bon point de départ pour aborder sa transformation numérique.

En attendant l'arrivée d'Apple (rumeur estivale...), la bataille pour le contrôle des données commence à devenir passionnante dans ce secteur. GreenSI va certainement préparer un second billet sur ce sujet.


Mais au fait, elle est où la prise de données par laquelle vont arriver les startups dans votre industrie?
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