vendredi 30 mars 2012

BlackBerry dans la tourmente... c'est le moment d'acheter!

BlackBerry dans la tourmente... c'est le moment d'acheter!


Les boursiers disent qu'il faut acheter au son du canon, car la guerre est souvent la fin d'une tension qui annonce la reconstruction... donc la reprise des commandes. C'est sinistre, mais c'est ce que l'on ne peut s'empêcher de penser en écoutant les nouvelles qui nous viennent de Torono où RIM, la société productrice du BlackBerry, a son siège.


Le départ annoncé hier de son co-fondateur Jim Balsillie couplé à un bénéfice annuel en fort recul au quatrième trimestre est une première salve qui ne peut laisser indifférent les lecteurs de GreenSI qui reconnaissent les signaux donnés depuis Août 2011. Mais la salve principale est l'annonce de la concentration de RIM sur le marché des entreprises (B2B), et donc d'une certaine façon l'abandon du marché grand public (B2C). Les DSI vont certainement apprécier car il vont avoir un discours a nouveau adapté à leurs attentes d'entreprise et pas à celui prévu par le marketing pour Mme Michu. Car courir deux lièvres à la fois, B2C et B2B, n'est pas si simple, surtout quand les concurrents s'appellent Apple et Google Androïd.



Donc deux bonnes nouvelles, car RIM et sa plateforme BES - Blackberry Enterprise Server - ont de nombreux avantages a offrir à l'entreprise si celle-çi sait s'ouvrir à iOS, à Androïd et à d'autres terminaux (et GreenSI pense surtout aux tablettes).  D'ailleurs des articles de GreenSI que je vous propose de re-découvrir posent ces questions.  Alors, restons attentifs dans les mois qui arrivent pour avoir les réponses de RIM:
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jeudi 29 mars 2012

Cloud Expo: au delà de la techno, de nombreuses questions pour les DSI

Cloud Expo: au delà de la techno, de nombreuses questions pour les DSI


Cette semaine le Cloud Computing World Expo le 28 et le 29 Mars à La Défense est un prétexte pour faire le point sur toutes les dimensions du Cloud.

Car au-delà du SaaS, son produit phare qui a une croissance de l'ordre de 18% selon Gartner, le Cloud revisite la productivité des infrastructures et du développement informatique, chamboule les modèles économiques et questionne le positionnement de la DSI.
Et dans ses sous-produits non prévus au départ mais bien pratique depuis l'explosion de l'iPad, il s'avère une réponse efficace pour le déploiement d’applications professionnelles sur les tablettes mobiles et les smartphones, et même le BI.

Côté infrastructure la grande leçon du Cloud c'est la productivité.
Provisionner des centaines d'instances de postes de travail en quelques minutes, gérer des milliers de serveurs dans des datacenters automatisés... Une leçon de productivité qui met la pression sur les DSI qui n"ont pas une grande visibilité de leurs coûts internes ou qui ont des coûts très au-elà de ce que l'on peut maintenant acheter sur le marché. Surtout qu'après les offres des ténors (IBM, HP, Microsoft, Google, Amazon...) qui veulent nous rassurer par leur maîtrise des infrastructures, commencent a venir le temps des start-up et de produits "dérivés" de plus en plus innovants et sans aucun repère dans le monde précédent. Par exemple on peut faire appel à un "brocker" pour acheter sa capacité au meilleur prix sur plusieurs plateformes, ou suivre sa facturation journalièrement.

Mais cette productivité n'a d'intérêt que si les offres deviennent plus professionnelles. Or les derniers incidents du début de l'année sont là pour nous rappeler toute la fragilité de plateformes qui se mettent en place. Sinon comment expliquer la panne de plusieurs heures d'Azure (lire Pierre Col sur ZDNet) ou certainement moins grave celle d'un fournisseur SaaS qui a oublié de facturer le 29 février. La première année bissextile a eu raison de certains services "pas secs".
Pas très rassurant d'ailleurs si on se fie aux prévisions de croissance annoncées sur le Cloud, car ces infrastructures vont devoir monter en charge sur le plan technique... mais aussi sur celui des ressources humaines. Les prévisions de recrutement du Cloud sont impressionnantes: 14 millions d'emplois dont 190.000 en France selon IDC pour Microsoft (lire Pierrick Aubert sur ZDNet). Certainement de nombreux déplacement de postes des intégrateurs (moins nécessaires avec le SaaS) et des services informatiques des entreprises vers les entreprises du Cloud. Chamboulement en perspective sur l'industrie des services informatiques.
Et quand GreenSI vous rappelle qu'une étude récente de Forrester Research (Etats-Unis, Europe, Asie-Pacifique) pour BMC Software, indique que près de trois DSI sur quatre (72%) se disent d’accord ou tout à fait d’accord avec la crainte que leurs directions considèrent le Cloud comme un moyen de se passer de leurs services, cela ne vous surprend pas. Le cloud pose de nombreuses questions aux DSI. Et les réponses sont loin d'être identiques en fonction:


  • du positionnement actuel de la DSI dans l'organisation,
  • de la qualité de ses relations avec les métiers
  • et de son degré actuel d'outsourcing ou tout au moins de coût de ses services.


Le Cloud, c'est la fin de la DSI?
Tout d'abord les points de retour d'expérience que je partage lors de mon intervention à la table ronde des DSI du Cloud Computing World Expo, montrent qu'il y a de vrais besoins pour le Cloud qui peuvent être mis à profit par la DSI pour gagner ses galons de maréchal dans ce nouveau paradigme, réussir des projets rapidement et en innovant, et se mettre à égalité avec les démarcheurs qui courtisent les directions métiers. Les résultats seront toujours plus appréciés par les DG que les promesses, et cela vaut aussi pour nos fournisseurs!
On peut notamment citer :
  • Toutes les applications collaboratives qui se payent à l'usage et dont la vitesse d'évolution est peu compatible avec des projets successifs de mise en oeuvre interne. Combien d'entreprises sont bloquées sur Sharepoint 2007, alors que Microsoft a introduit la partie "Social" avec la version 2010, et surtout la prochaine? Alors que des offres SaaS sur ce sujet sont légions et surtout immédiatement activables. Et puis quoi de plus naturel pour la collaboration que la démarrer dans le Cloud et de n'avoir aucune contraintes pour la poursuivre avec ses clients ou ses fournisseurs
  • En ce qui concerne le CRM et compte tenu de la richesse des offres actuelles (les premières sont apparues dans le Cloud en 2004), il faut vraiement avoir des processus clients spécifiques pour ne pas trouver chaussure à son pied. L'offre RH aussi présente de vrais atouts surtout sur les développements récents des RH autour de la gestion des compétences par exemple.
  • Enfin le décisionnel qui demande beaucoup de ressources et qui peut mettre à profit la capacité de scalabité en mémoire des infrastructures Cloud et ainsi avoir une machine toujours adaptée a chaque phase du projet décisionnel et aux volumes croissants... sans compter trop large dès le départ.

De plus la DSI a une carte maîtresse avec la gestion de l’infrastructure réseau et la gestion des accès sécurisés aux services délivrés via Internet. Certains ont mis en place un portail de lancement des applications avec une fédération des identités. Ainsi pas besoin de gérer l'utilisateur sur plusieurs plateformes, en plus de la gestion dans les applications internes de l'entreprise. Et ça change tout... surtout pour l'utilisateur !

Et puis tout ne sera pas Cloud, car tout n'est pas miscible dans le Cloud. Donc les infrastructures hybrides sont un impératif. Et pour les concevoir cela revient à considérer les Cloud (comme les tablettes d'ailleurs) comme une donnée en entrée et l'équilibre entre Cloud et interne se fera sur la base de l'intérêt technico-économique en intégrant aussi le réglementaire et la sécurité. Bref, ne nous laissons pas enfermer dans le datacenter alors que l'avenir sera réparti entre plusieurs moyens de production.




Mais ne nous y trompons pas, ces mutations dépassent le simple cadre du datacenter et concernent à présent toute l’entreprise car le SaaS demande aussi de nouvelles compétences aux Directions Fonctionnelles, dans la gestion budgétaire devenue une dépense récurrente qu'il faut suivre de près. Et GreenSI ne peut s'empécher de penser que c'est une opportunité pour les DSI qui sauront être claires dans leur positionnement d'accompagnement des métiers. Et ne vous inquiétez pas, les premières Directions Fonctionnelles parties toutes seules vont bientôt s’essouffler, car après les projets, le "run" de tous les jours cela ne les motive pas toutes, et ça débouche rarement sur la cible de leur Directeur... un poste à la DG.
Ce salon tombe donc à pic pour prendre la mesure de cette transformation devant nous, non ?

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dimanche 25 mars 2012

GreenSI : première Oasis atteinte avec 100.000 pages vues

GreenSI : première Oasis atteinte avec 100.000 pages vues

Lancé en Aout 2010 pour essayer de faire entendre la voix des DSI dans un monde technologique un peu trop dominé par les paillettes marketing et les trigrammes abscons, GreenSI vient d'arriver à sa première étape, l'Oasis des 100.000 pages vues et plus de 100 billets. 


Merci a tous ses lecteurs. N'oubliez pas de vous enregistrer sur la newsletter pour recevoir les articles dès leur sortie.


Voici le top 10 des billets que vous avez aimé depuis le début :

samedi 24 mars 2012

J'ai rencontré le clavier AZERTY... de ma voiture électrique!

J'ai rencontré le clavier AZERTY... de ma voiture électrique!

Savez-vous pourquoi les francophones ont un clavier AZERTY sur le début de la première ligne alphanumérique, quand les anglophones QWERTY et les germanophones QWERTZ?


Et bien tout simplement parce ce que c'était déjà la règle pour les machines à écrire électroniques. Certains constructeurs comme IBM (pour International Business Machines) sont passés par la machine à écrire électronique avant de s’intéresser à l'ordinateur tel qu'on le connait.
Et les machines à écrire électroniques copiaient elle même le clavier des machines à taper à marteaux sur un ruban comme sur la photo. On tape sur A, ça envoi le petit marteau avec un A au sur le ruban encreur et marque un A sur le papier avant de revenir à sa place, bien rangée avec les autres lettres.


Rien de bien nouveau puisque la technique avait elle-même été inventée par Gutemberg qui lui avait des lettres en bois et une presse en lieu et place du marteau. Comme quoi l'innovation ne cherche pas toujours à tout réinventer à la fois.

Mais pourquoi avoir choisi cette disposition QWERTY des touches des machines à écrire me dirait vous?
Et bien parce que ses utilisateurs de l'époque, des professionnels, utilisaient tous leurs doigts pour taper et non deux, comme peut être vous, en tout cas moi. Et donc ces professionnels du clavier arrivaient à des vitesses de frappe très rapides. Elles visaient le "speach to text" en temps réel; c'est-à-dire pouvoir taper en direct ce qu'on leur dicte sans passer par une phase de prise de notes manuelle (la sténo) puis la frappe sur machine en back-office.

Mais cette vitesse de frappe posait un problème mécanique insoluble pour les marteaux des machines à taper. C'était leur croisement. Si deux marteaux proches dans leur position au repos étaient activés l'un à la suite de l'autre, ils pouvaient se heurter et bloquer la machine. Celui qui revenait du ruban rencontrant celui qui y allait. On a donc cherché a mettre les marteaux des lettres qui se suivent en anglais le plus loin possible l'une de l'autre dans leur position au repos. Et de préférence être tapées l'une par la main droite (les marteaux de la moitié droite) et l'autre par la main gauche (les marteaux de la moitié gauche) pour maximiser l'écart et améliorer la productivité. Ces travaux qui ont conduit au QWERTY se sont appuyés sur la fréquence de succession des lettres dans la langue anglaise. Bref vous avez compris, la machine faisait tout pour freiner les humains!
Pire, l'AZERTY et les autres claviers sont des adaptations mineures du QWERTY qui s'appuient sur la langue anglaise qui n'a rien a voir avec les autres langues, et ce, afin de préserver un grand nombre de lettres au même endroit entre différents claviers (il faut bien les fabriquer en masse!).

Et quand ces contraintes mécaniques ont disparu avec les machines électroniques qui n'utilisaient pas de marteaux, on a gardé le clavier tel quel, car la position des lettres était connue des milliers de sténodactylos. Quand l'ordinateur est arrivé on a aussi gardé le clavier car on pensait qu'elles allaient continuer à jouer un rôle pour la saisie de texte, puis avec la généralisation de l'informatique et la disparation des dactylos, tout le monde continuent a utiliser un système désigné pour des contraintes qui n'existent plus!
Des alternatives sont apparues régulièrement, mais aucune n'a réussi à s'imposer sauf peut-être l'ordre alphabétique que l'on rencontre sur certains terminaux dédiés pour le grand public. A signaler par exemple le clavier ZHJAYSCPG  en 1907qui était adapté au français et à sa fréquence d'utilisation des lettres.


Quel rapport avec la voiture électrique?
Cette semaine j'ai séjourné en Belgique où j'ai pu voir entre autres, la nouvelle Peugeot électrique, et surtout son raccordement au domicile CarPlug d'Electrabell'électricien belge, pour brancher sa voiture le soir en rentrant du boulot.

Côté prise de courant sur le parking le design a intégré une nouvelle expérience utilisateur :

  • qui permet via un écran de choisir entre recharger de suite ou dans la nuit pour bénéficier d'une électricité moins chère,
  • qui gère la sécurité avec des voyants lumineux pour supprimer les risques liés à l'électricité lors des manipulations,
  • de suivre votre consommation sur un iPhone ou une autre console dans la maison,
  • de recevoir un SMS en cas d’interruption de la charge ou en fin de charge...
Bref on s'est creusé les méninges.

En revanche coté prise véhicule, on est surpris de retrouver quelque chose qui ressemble à s'y méprendre a un pistolet de pompe à essence. Lui-même conçu avec un design choisi pour bloquer automatiquement l'arrivée d'un liquide quand on relâche la poignée, courbé pour rentrer dans le tuyau d'accès au réservoir de toutes les voitures... et certainement d'autres contraintes de sécurité plus complexes.
Et bien côté voiture électrique on a opté pour un design "de clavier AZERTY".
C'est à dire un design, qui comme pour l'AZERTY, répond a des contraintes qui n'existent plus. Ainsi en branchant votre voiture vous aurez l'impression un instant faire le plein de votre voiture sans qu'aucun liquide sous pression ne circule entre votre parking et votre véhicule.
On aurait pu imaginer mille façons de raccorder une voiture à une prise, et c'est le pistolet de pompe à essence qui l'emporte.

La clef de ce choix c'est le "WAF", le "Wife Acceptance Factor" qui désigne le niveau de compatibilité d'un objet avec une personne du sexe féminin. Créé dans les années 1990, le sigle s'est peu à peu imposé.
Et bien pour une voiture raccordée a nos maisons, nos femmes ont leur mot à dire. Du moins en Belgique. Et c'est elles qui ont tranché pour nous... comme les dactylos américaines en leur temps d'ailleurs. 


Connaissez d'autres designs autour de vous qui suivent le "Clavier AZERTY" ?



samedi 17 mars 2012

Livre numérique: un petit village gaulois résiste encore et regarde passer les opportunités

Livre numérique: un petit village gaulois résiste encore et regarde passer les opportunités


Cette semaine et jusqu'à lundi, le 32em salon du livre se tient Porte de Versailles à Paris. Et bien franchement, le Conservatisme Roi, n'a pas encore été renversé, ni décapité par le peuple. La Cour du roi se pâme et se parfume encore dans les allées du salon, flattant un monarque fin politique, qui pour sauver sa royauté, passe des alliances avec tous ceux qui ont intérêt à ce que le système ne bouge pas.

Car loin de ce microcosme, la semaine d'avant, c'est l'Encyclopédie Britannica qui annonçait la fin de son édition papier après 244 ans de bons et loyaux services et nous rappelait que nous vivons dans un monde en cours de numérisation.
Il y a 6 mois, c'était Borders, la 2em chaîne de distribution de livres aux États-Unis, qui mettait la clef sous la porte. Le leader du marché, Barnes & Nobles, a depuis racheté la marque, le fichier client et la redirection du site Borders.com vers son propre site. Une fin "violente" pour avoir abordé trop tard le virage du numérique et de la vente des eBooks, sur un marché américain qui a explosé ces 3 dernières années et représente déjà 20% du marché du livre, soit à peu près $2milliards.


Amazon, qui s'est lancé dans la distribution de livres au tout début de l'internet (1995) n'a pas cessé d'innover et d'inventer un nouveau modèle de distribution. Le fameux paiement en un clic, les recommandations de livres, un réseau social de lecteurs, des boutiques de partenaires revendant au milieu de son magasin les livres d'occasions ou neufs ... et surtout une logistique et un service client d'excellence. Puis Amazon s'est lancé dans le livre numérique.
Cette année Amazon est au Salon du livre. Le 32em, un chiffre numérique (2 à la puissance 5). Est-ce le signe de l'avènement d'un nouveau pouvoir numérique qui va renverser la royauté?


Amazon est aussi le premier a avoir lancé une liseuse noir et blanc, le Kindle, il y a plus de 4 ans. Ainsi que le Kindle Fire l'an dernier, une tablette Androïd couleur à $200 qui se vend extrêmement bien et commence a concurrencer l'iPad dans les dernières analyses de ventes. La liseuse Kindle est très performante et surtout très abordable à 99€.
Quand un "Goncourt" vaut entre 20€et 30€ en librairie on se dit qu'avec un prix d'eBook à 15€ (entre $9,99 et $14,99 aux États Unis), c'est un achat amorti en 6 à 20 livres achetés. Et 15€ c'est cher par rapport aux coûts de production, car il est directement téléchargé sur son Kindle sans rien imprimer, sans réseau et sans logistique fonctionnant au gasoil! Que demander de plus écologique?
Bien sûr il y a aussi les droits d'auteurs mais la bascule du papier vers le numérique ne se fera pas sans se remettre autour d'une table pour regarder la valeur de chacun dans ce processus.


Et bien non, en France, tous les eBooks ne coûtent pas 15€. D'abord, il y a très peu d'offres des grands éditeurs qui font de la résistance et surtout c'est eux qui fixent les prix pour leur réseau de distribution. Ils se réfugient donc derrière le conservatisme roi qui a pu faire voter une loi de prix unique du livre, y compris numérique. Loi votée en catimini par les représentants du peuple... à qui on a d'ailleurs rien demandé. Et pourtant quand le même Goncourt arrive en format de poche, il coûte 7€ soit moins cher que le livre numérique. Allez comprendre quelque chose?


Et je vous le donne en mille, le livre numérique ne décolle pas en France et reste à moins de 1% du volume global des ventes (0,5% pour être précis). Comme le montre l'étude très complète du cabinet Kearney (que l'on trouve ici). Pourtant les facteurs de nature à développer ce marché sont bien présents et les pays anglo-saxons nous démontrent le potentiel de cette transformation:
  • un marché international qui mutualise les investissements dans les plateformes
  • une combinaison gagnante contenu + lecteur + magasin en ligne, la même qu'Apple avec iPhone + iTunes
  • des lecteurs de qualité (batteries, lisibles au soleil, choix tablette ou liseuse...) et dont le logiciel est mis à jour régulièrement avec de nouvelles fonctionnalités. Par exemple, la version de l'application Kindle sur iPad3 est sortie le même jour et exploite les caractéristiques haute définition de l'iPad3

Et bien non ça ne décolle pas!
Les contraintes que représentent les grands éditeurs sont plus fortes et "minent le terrain" en France comme ce prix unique, le choix de standards incompatibles ou de DRM bloquante. Il n'y a aussi peu d'efforts déployés pour convaincre les clients de passer au numérique, ni pour les rassurer sur la volonté du marché de développer une offre en français. Les grands distributeurs (Fnac Virgin, hypermarchés ...) faisant figure d'exception devant le silence des éditeurs.
De même pourquoi nos chérubins ont encore 7kg à 10kg de papier dans leur cartable sur le dos alors qu'un livre numérique ne pèse rien et quand les Conseils généraux les équipent de portables et maintenant de tablettes? Marché qui n'est pas passé inaperçu d'Apple avec une offre dédiée à l'éducation aux États Unis.


On ne peut s'empêcher de penser à l'industrie de la musique il y a 10ans qui s'est arc-boutée sur ses attributs jusqu'à se faire voler son marché par les pirates... Apple !

C'est vrai que les éditeurs sont plus paniqués par le piratage de leur catalogue que par les opportunités de développement de leurs ventes numériques. Surtout que les études montrent que les clients qui passent au numérique consomment plus mais payent moins.


Les sites pirates comme Team AlexandriZ commencent à apparaître; car la soif de ceux qui ont acheté une liseuse ne pourra qu'augmenter avec le temps si les éditeurs ne sortent pas leurs livres papiers en numérique pour l'assouvir. Surtout avec les livres libres de droits comme Voltaire, Balzac et Hugo!


Et sur ce terrain là, paradoxalement pour la France qui met la culture et le rayonnement de sa langue en point d'honneur international, c'est Amazon qui a le plus gros catalogue en français avec plus de 55.000 ebooks. Sachant cela il est amusant d'écouter les éditeurs qui nous parlent de leur leadership pour la diffusion de la culture française. Et n'oublions pas que l'offre en français se développera de toutes les façons avec... le Quebec, la Suisse ou la Belgique pour ne citer que quelques autres marchés de la francophonie.


Bien sûr Amazon a aussi un format propriétaire alors qu'il existe des formats ouverts comme ePub. Hachette, 6em groupe d'édition dans le monde, a annoncé au salon son ralliement à ePUB et non au format d'Amazon, ce qui va faire avancer le débat, et le bras de fer, sur les formats.
Mais pour GreenSI ce n'est qu'un combat d'arrière garde. Les clients peuvent déjà convertir d'un format à l'autre, y compris celui d'Amazon, avec des utilitaires open source gratuit comme Calibre. Cela protège leurs achats. Ensuite, in fine, c'est eux, le peuple et non le roi, qui feront converger tout cela vers un standard unique comme cela est déjà arrivé avec les formats des cassettes vidéos. Qui se souvient du format vidéo Betamax?


Enfin, la course à l'innovation n'est pas terminée :
  • Dans les usages: il est déjà possible d'emprunter les eBook dans certaines bibliothèques américaines. Triste d'ailleurs d'entendre dire des éditeurs français que les bibliothèques c'est pour les familles sans revenus (donc sans iPad?) et qu'ils ne voient pas d'intérêt de développer cette offre. Affligeant!
    Saluons l'initiative d'issy-les-Moulineaux qui prête des liseuses a ses abonnés de la bibliothèque municipale. La liseuse Booken est aussi disponible en France dans une quarantaine de médiathèques.
  • Dans la recomposition de la chaîne de production: A l'image de "My Major Company" dans la musique, pourquoi des lecteurs ne se regrouperaient-ils pas pour s'auto-produire ou auto-produire les auteurs qui leur plaisent. Il est déjà possible de télécharger ses propres livres sur la plateforme Amazon et de les vendre, moyennant une commission de la plateforme.
  • Dans l'enrichissement du format "livre": Qui a dit qu'un livre numérique devait être la copie d'un livre papier? Marvel par exemple, apporte réalité augmentée et une version numérique à ses comics sur papier. Pourquoi ne pas avoir la version audio intégrée pour les malentendants ou juste pour se relaxer, d'ailleurs un Kindle sait déjà lire un livre (en anglais).
Les prévisions tablent sur un taux de pénétration situé entre 6 et 7 % d’ici la fin 2014. La révolution se rapproche donc doucement de la Porte de Versailles et du palais royal. Mais Amazon n'est pas pressé, puisque c'est aussi la première librairie mondiale de livres papier. Donc pour Amazon ce n'est qu'une question de conversion des usages, du papier vers le numérique. Alors que pour ceux qui auront raté le numérique, ce sera certainement un transfert de la Galerie des Glaces à la Grande galerie des dinosaures du British museum, à coté de Borders et Britannica. Exposition 2015 qui sera certainement sponsorisée...  par Amazon ou Apple!

 

mercredi 14 mars 2012

Et bien non, le Minitel n'est pas mort

Et bien non, le Minitel n'est pas mort

Le Minitel aura marqué les années 80s et 90s. Mais à l'heure de l'internet mobile et des réseaux sociaux il resterait encore 2 millions d'utilisateurs, soit a peine moins que le nombre d'utilisateurs de Twitter en France, ce qui n'est donc pas si mal pour le grand père des services en ligne.

Et pour ne pas brusquer les choses, mais sans changer son calendrier, Orange entame la phase finale de son plan d'arrêt:
  • plus de facturation du terminal depuis la semaine dernière (le 7 Mars, sachant que bon nombre de terminaux étaient gratuits)
  • et communication ciblée pour l'arrêt de chaque service (sur page orange) dont les pages blanches encore utilisées
Mais le 1er Juillet 2012 après l'arrêt complet du service et le début du recyclage des millions de terminaux restant, le Minitel ne sera pas mort.
Car ce n'est pas la peine d'aller chercher dans la Silicon Valley un terreau fertile en innovation et en entrepreneurs... le Minitel bien sûr, c'est là que tout à commencé dans la télématique. Déjà avec la force de frappe en R&D du CNET, laboratoire de France Telecom, qui avec son innovation dame le pion aux américains et réussi a en faire le premier réseau télématique qui a connu un succès commercial. Puis c'est le tour le l'ecosystem des services et parmi ces entrepreneurs trublions il y a Iliad et son maintenant médiatique patron Xavier Niel.

C'est en 1994 qu'Iliad se lance dans le marché de la fourniture d'accès à Internet en interconnectant ses services télématiques Minitel avec l'Internet exploité par Worldnet (3615 WORLDNET). Une première mondiale! Puis Iliad développe le service 3617 ANNU l'annuaire inversé, déjà une envie d'en découdre sur le terrain de France Télécom...
Se rappeler qu'à l'époque Marc Andreesen le créateur de Netscape présentait juste son navigateur internet et que les universités américaines planchaient à peine sur les business plan des ISP, Internet Service Provider... sous les yeux incrédules d'America Online - AOL - qui ont le sait maintenant, a complètement raté l'arrivée de l'Internet.
A cette époque la France était l'un des leader mondiaux des services en ligne, cocorico!

En 1999, Iliad obtient une licence et se déplace des services vers le réseau pour lancer ses télécommunication grand public, c'est le début de Free. En 2000 Free a du flair, met fin a ses services Minitel (sauf 3617 ANNU) et se dirige du réseau vers le terminal multimédias avec la " Freebox " et son offre haut débit à 29,99 euros par mois en 2002 (moins 40% que le marché, déjà). C'est le début du dégroupage total.
Free continue a innover avec la VOD en partenariat avec Canal+, le Wimax qui n'a pas décollé, une nouvelle FreeBox v5 avec un disque dur pour enregistrer et qui communique dans le domicile en WIFI ou courant porteur (CPL). Free tente  même la fibre optique sur quelques villes. Rentable depuis 2001 sa croissance est assurée avec la reprise d'Alice en 2008 qui la hisse en tête des ISP. Enfin on connait la suite quand Free Mobile sa nouvelle filiale se voit attribuer la 4em licence mobile opérateur en 2010 et lance son offre agressive le 10 Janvier 2012, pour viser 25% du marché mobile. Un pari qui risque d'être gagné après un lancement réussi.

Alors non, le Minitel n'est pas mort, son esprit d'innovation rode toujours, et Iliad a l'air de l'avoir capturé.

mardi 6 mars 2012

DSI: Produits pour les consommateurs ou pour les entreprises? Il va falloir choisir

DSI: Produits pour les consommateurs ou pour les entreprises? Il va falloir choisir


Pas facile d'innover et de rester sur le haut de deux vagues à la fois, celle des produits consommateurs grand public et celle des produits pour entreprises.
 
Cisco en 2011 sous la pression de résultats décevants a du prendre cette décision drastique de renoncer a ses diversifications sur le marché du grand public. Même son produit phare a succès la caméra Flip, qui permet de partager ses vidéos sur Internet via un serveur Cisco, est abandonnée et laisse de nombreux utilisateurs orphelins.
Puis ce fut le tour d'HP et de la saga autour de WebOS et de la tablette HP ciblée grand public puis abandonnée. A droite toute, recentrage sur l'entreprise, les serveurs et les logiciels d'entreprise. Puis le rachat d'Autonomy centré sur les logiciels d'entreprises de gestion de l'information, le prochain Graal après l'ERP.
Aujourd'hui c'est Dell qui veut quitter le marché grand public pour rompre avec son image de fabriquant de PC "low cost". Car Dell a réalisé des acquisitions dans le haut de gamme comme Alienware mais surtout Perot System en 2009, groupe informatique diversifié créé comme Dell au Texas (par Ross Perot). Ce ne sera peut être pas un arrêt brutal de la production pour le grand public mais certainement une concentration de sa stratégie sur l'entreprise et un arrêt de la course a l'innovation sur le marché grand public.
La cible c'est maintenant l'entreprise. A l'horizon, IBM qui fait rêver ces groupes de hardware après être devenu leader mondial des services informatiques. Un IBM qui n'a pas hésité à céder son activité PC au chinois Lenovo, et qui annonce qu'en 2014, 50% de son chiffre d'affaires viendra du logiciel. Et coté Lenovo les choses ne sont pas si mal puisque c'est devenu en 2011 le deuxième plus grand distributeur mondial de PC, avec une part de marché record de 13,5 % sur un marché éclaté.
On ne peut s’empêcher de penser que le chamboulement par Apple de ces marchés et la course folle à l'innovation qu'il impose, n'y est pas étrangère. Demain Apple annonce de l'iPad 3 HD - High Definition - alors que les Samsung et Blackberry arrivent à bout de souffle a produire une version 2 en ayant capturé qu'une très faible part de marché pour financer cette R&D qui coûte cher pour faire la course en tête. Un Samsung conglomérat diversifié mais qui sur ces marchés se concentre sur le grand public. Et un Apple qui laisse les entreprises venir à lui, sous la pression des salariés et des DG, mais qui n'a pas de stratégie entreprise très claire, par exemple en ce qui concerne un iTunes privé ou des règles moins draconiennes de validation des applications mobiles.
Mais si entre le grand public et l'entreprise certains vont devoir choisir, cela va forcément impacter l'entreprise. Et les DSI vont être en première ligne car ces deux mondes ne sont pas cloisonnés pour eux. Les utilisateurs passent tous les jours de leur statut de grand public a celui de salariés utilisant les outils de l'entreprise. Or si les fournisseurs vendent des produits plus adaptés à l'entreprise et a un niveau de prix plus élevé et se désintéressent du grand public, de l'autre coté les utilisateurs ont plus de technologies innovantes et peut être moins chéres avec l'effet volume et une concurrence exacerbée. Cela risque de creuser l'écart apparent entre l'informatique d'entreprise et l'informatique grand public. Une situation inverse de ce que nous avons vécu dans les années 1980 où l'entreprise avait un mainframe quand le particulier une simple machine à calculer quatre opérations.
 
Mais en 2012 le DSI va commencer a douter de ses sources d'approvisionnement. Ne doit-il pas prendre sa carte bancaire et acheter ses produits pour l'entreprise... dans un magasin grand public ? Et si vraiment vous êtes mal à l'aise avec cette idée et que vous avez peur d'être reconnu dans les rayons par les utilisateurs, il vous reste les lunettes noires ou l'achat en ligne plus discret...