samedi 29 novembre 2014

mercredi 26 novembre 2014

L'usine à logiciels contre-attaque (Episode V)

L'usine à logiciels contre-attaque (Episode V)

Résumé de l'épisode IV: La guerre des CIOs
Pour faire face à la nouvelle économie des applications, quand tout nouveau business devient un "software business", le DSI s'est muté en Chief Engineering Officer et pense "Digital First". Il veut reprendre la main sur l'assemblage des offres et produits de l'entreprise avec le SI, devenu le nouvel ADN des entreprises numériques. C'est une DSI qui va faire entrer son SI dans la 3eme ère, en travaillant sélectivement sur ses deux natures (Agile et Entreprise IT) et en adoptant un style de management adapté à ce nouveau monde digital.

Cette première bataille dans l'univers Digital, combinant Internet et objets connectés, va lui demander de repenser sa production d'applications: l'usine à logiciels contre attaque.
La planète DSI est loin d'être sur une orbite tranquille de la galaxie.

L'entreprise numérique transforme et combine ses processus avec son SI, devenu plateforme de relations numériques, pour répondre rapidement et en permanence aux attentes de ses clients et développer de nouveaux business. Le logiciel devient différenciant et est la nouvelle priorité de la gouvernance du SI.

Bien sûr, beaucoup de challenges sont devant la DSI avec l'arrivée du Digital. La vision de Gartner, présentée à son Symposium de Barcelone, en donne au moins quatre majeurs à inscrire en haut de son agenda: l'agilité, la qualité de la production, l'innovation et toujours les coûts.


Mais nous ne sommes qu'au début de la transformation, alors il faut choisir ses priorités. L'intuition de GreenSI c'est que le logiciel permet de travailler sur les quatre à la fois, tout en s'attaquant aussi aux nouvelles architectures centrées sur les données et les échanges (API) pour répondre à la mobilité et à l'ouverture du SI. Donc préparer le moyen terme (agilité) tout en répondant a des besoins court terme (data, architecture).

Comment fabriquer du logiciel, rapidement et de qualité, qui capture les innovations métiers à coûts maitrisés

Une question qui n'est pas nouvelle. L'atelier logiciel, qui a fait la fortune des premières SSII contre-attaque dans le digital (CGI un des pionniers avec Sigagip. Société absorbée par IBM à pas confondre avec le canadien du même nom).
Mais là où l'usine-atelier d'antan était centrée uniquement sur le développement, la nouvelle usine commence avec le "business" et doit aussi inclure les opérations dans son cycle d'intégration continue. Un cycle qu'elle parcoure a la vitesse imposée par le rythme des innovations de son industrie et qui n'a plus rien à voir avec celui d'antan.

Des projets de 12 à 18 mois pouvaient se séparer ces trois étapes qui étaient abordées de façon séquentielle, avec de nombreux comités et livrables, pour s'assurer que tout serait en ordre lors de la mise en production. Mais quand on parle de projets de 2 mois, voire de livraisons hebdomadaires ou quotidiennes, comme dans le cas des sites internet, la coordination entre Business, Développement et Opérations devient maintenant beaucoup plus dynamique.

C'est l'image du ruban de Moebius (lire Laissez-vous inspirer par le ruban de Moebius).


La nouvelle coordination Bus-Dev

Le cycle de vie du logiciel commence avec l'idée de lancer un nouveau service ou de transformer un service ou produit existant. Mais de la stratégie, aux cahiers des charges, en passant par l'architecture fonctionnelle et technique, tout doit être adapté à un cycle plus rapide. C'est l'objectif d'une démarche Bus-Dev avec les métiers.

Pour aller plus vite, les besoins devront être découpés en "morceaux plus petits" qui pourront parcourir le ruban de Moebius plus vite. C'est une idée déjà exploitée par les méthodes agiles comme Scrum, mais qui ne sont centrées que sur le développement. Il faut maintenant les étendre au business et à la production. Toutes les initiatives autour des hackathons procèdent de cette même idée. Exprimer rapidement des dizaines d'idées poussées au bout rapidement (48h) pour être retenues ou abandonnées.

La vitesse de production a aussi un autre atout: elle augmente la vitesse d'apprentissage. A chaque passage d'un "morceau" dans le cycle, on va rendre les activités plus routinières avec l'amélioration continue. C'est la mise en place opérationnelle des démarches Lean pour piloter la DSI. Sujet déjà abordé sur GreenSI (Votre DSI est-celle prête pour le lean-IT?).
Le premier "morceau" d'un projet (par exemple afficher la page d'accueil de l'application) va permettre en passant par toutes les étapes, jusqu'en production, d'identifier et d'essayer de résoudre toutes les difficultés qui se seraient présentées.

Est-ce l'optimisme naturel des équipes informatiques, mais on croit toujours avoir trouvé le dernier bug? En fait il y en a presque toujours un juste derrière et pour le savoir il faut continuer à avancer vers la mise en production, puis obtenir le retour de l'utilisateur qui relance un nouveau cycle. 

C'est certainement l'illustration que le mot anglais "Fail" (échec) est aussi le premier essai d'un apprentissage. C'est d'ailleurs la philosophie de nombreuses startups.
Mais fabriquer une application par "morceaux" ne favorise pas la vision d'ensemble.
Cette vision va s'établir progressivement et le découpage des besoins va demander une plus grande coordination, en permanence, entre tous les acteurs de la chaîne. Ce qui n'est d'ailleurs pas toujours simple quand on mixe des acteurs internes et externes, liés à l'entreprise par des contrats distincts. 

Des tâches techniques, notamment d'architecture, devront remonter le plus en amont possible pour faciliter le développement et la cohérence. GreenSI pense qu'il n'y a pas de solution miracle et qu'il faut être conscient de ce danger pour le surveiller pendant tout le cycle projet.

La coordination Dev-Ops

La seconde partie du cycle commence avec le développement et surtout les tests. Car la qualité de la production est essentielle pour ne pas générer ensuite des back-logs de correctifs qui viendraient enrayer les cycles en s'accumulant. L'agilité condamne les développeurs a produire de petites pièces bonnes du premier coup.
 

Et pour pouvoir bien tester, il faut pouvoir recréer un environnement proche de la production, même quand les applications auxquelles votre code doit parler ne sont pas disponibles, voire qu'elles ne sont pas encore développées. Et imaginez maintenant que votre application est une App embarquée dans le tableau de bord d'un véhicule intelligent, la notion d'environnement proche de la production est une voiture en fonctionnement. Pas facile à caser dans la salle des développeurs. Or c'est bien la révolution des objets connectés qui est devant nous et à laquelle nous devons adapter l'usine de développement.

La virtualisation de service amène donc aujourd'hui une souplesse pour mieux paralléliser les développements. C'est à dire la capture et simulation du comportement et des données des systèmes non disponibles, pour en fournir une image virtuelle toujours disponible, tout au long du cycle de développement. Et pour reprendre l'exemple précédent, la virtualisation des systèmes du véhicule avec lequel va interagir l'application. On aura donc une voiture virtuelle mise à la disposition des développeurs sous la forme de services qui leur permettront d'interagir avec.



Après les tests, il faut permettre le déploiement en continue pour bénéficier du développement en parallèle et des tests en continu. Puis enfin, mesurer le comportement du logiciel en production, surtout dans la jungle des environnements mobiles, pour identifier et résoudre les problèmes et rendre rapidement l'expérience utilisateur optimale.

C'est donc bien toute la chaîne Dev-Ops qui est agile, et de ne travailler qu'en amont a peu d'intérêt si l'aval ne suit pas.

Les enjeux Dev-Ops pour les ESN et les éditeurs

GreenSI est donc passé de l'autre côté du miroir, chez les ESN (ex. SSII) et les fournisseurs de solutions pour vérifier qu'ils ont eux aussi bien aussi perçu l'importance pour l'entreprise de produire du logiciel de façon plus agile. Force est de constater qu'en France le sujet n'est pas encore très suivi, mais qu'il commence à en mobiliser certains, en priorité ceux qui ont une culture ou des équipes issues de l'open source. 

Aux Etats-Unis, les études montrent que ce sujet est dans l'agenda d'un DSI sur deux. Lors du dernier CA World à Las Vegas, CA Technologies, société spécialisée depuis longtemps sur l'outillage de la DSI, a dévoilé l'évolution de son portfolio de solutions qui s'inscrivent maintenant dans une démarche DevOps complète. Un portfolio de solutions qui a su intégrer l'expertise des acquisitions de CA ces dernières années et notamment du canadien Layer7 (API management) et de l'israélien Nolio (déploiement continu). Bonne pioche...

Sans surprise, ces solutions pour DevOps cherchent à unifier les équipes de développement et d'exploitation autour du développement rapide, de son déploiement et de la mesure de la qualité du logiciel. Certes, DevOps est principalement une démarche de collaboration entre équipes et ne saurait être réduite à un outil magique. Mais au delà d'un certain stade, il parait illusoire de ne pas s'automatiser. C'est d'ailleurs le destin de toutes les usines et le choix de ce mot dans le titre de ce billet.

CA Technologies a retenu l'attention avec la première solution qui permet l'intégration transparente de la virtualisation des services (CA Service Virtualization) et la gestion des API, donc une capacité à développer et tester des parties de logiciel de façon totalement indépendantes les unes des autres (CA Agile Parallel Development), et ce tout au long du cycle de vie (présentation CA Technologies).


Les améliorations annoncées pour la productivité vont jusqu'à +60%, pour la vitesse de développement entre 25% et 50% et pour le déploiement l'effort est réduit jusqu'à 15 fois par rapport à l'effort manuel. Certainement des chiffres optimistes, mais ils posent l'objectif de la démarche, l'automatisation et la productivité.

D'ailleurs si vous sous-traitez vos développements ou votre maintenance applicative, les ESN qui adopteront DevOps et s'outilleront, seront plus performantes que celles qui en resteront a une démarche traditionnelle. Ce qui devrait se traduire dans les coûts et les engagements. Il est donc peut être temps de vous soucier des méthodes de vos prestataires à l'heure du digital et d'aborder avec eux la question DevOps.

Gardez donc en tête cette image d'usine à logiciels pour préparer votre SI à l'ère digitale.

dimanche 16 novembre 2014

La guerre des CIOs (Episode IV)

La guerre des CIOs (Episode IV)

Résumé de l'introduction (billet précédent): Digital Business, la nouvelle économie des applications

Hasard de calendrier, des deux côtés de l'Atlantique, au Gartner Symposium/ITExpo à Barcelone et au CAWorld à Las Vegas, on nous annonce la même semaine, études et présentations à l'appui, l'arrivée du Digital Business: l'économie des applications.
L'arrivée massive des objets connectés et l'accélération des initiatives numériques déjà engagées, font que les DSI vont devoir penser "Digital First" et remettre le logiciel (Software) dans leurs priorités. Il est, et il sera, de plus en plus différenciant dans la transformation numérique. Et avec lui les architectures du SI, et même le développement, qu'on pensait avoir sous-traité une bonne fois pour toutes a des ateliers Indiens ou Chinois.

Tout a commencé avec la guerre des CIOs... une guerre pour la survie du DSI dans un monde digital.

Dans ce contexte, la planète DSI est loin d'être sur une orbite tranquille de la galaxie.

Une nouvelle ère pour le SI

L'entreprise lui demande de développer de plus en plus rapidement, de nouvelles applications, sur de nouvelles plateformes, mobiles et non toujours administrées par la DSI. Direction du Marketing et de la Communication, en profitent pour s'émanciper. Mais ce ne sera qu'une courte échappée, qui se terminera dans un trou noir, car il leur manque la culture de plateforme et les compétences d'avenir, comme on va le voir dans ce billet.

Sites mobiles ou applications natives? La réponse à cette question est rendue complexe par la croissance du nombre de terminaux et d'interfaces hommes-machines. Les deux en fait, mais cette réponse n'a de limite que celle des budgets de plus en plus contraints.

Des budgets qui pour Gartner (enquête auprès de 2810 CIOs dans 84 pays) ne que vont croître nominalement que de 1%, ce qui en intégrant une inflation négative sur les matériels, représente un accroissement de l'ordre de 2,6% en pouvoir d'achat par rapport à 2014. Autrement dit, pas de quoi engager une refonte en profondeur...

Et pourtant nous entrons dans la 3em Ere de l'informatique d'entreprise.
Une ère où le SI n'est plus qu'un outil d'industrialisation mais est devenu un outil de croissance, de différenciation et d'innovation. Il faudra donc dégager d'importante marges de manoeuvres dans l'existant pour financer cette transition.


La donnée devient le centre des nouvelles architectures ouvertes

La DSI va devoir explorer les mines de données du SI, grâce à des algorithmes logiciels performant, et permettre à l‘entreprise de prendre les bonnes décisions, en chaque point de contacts avec les clients.

Des points de contacts avec le client... mais aussi avec le SI.

Qui incluront progressivement de nouveaux automates, à l'image des nouvelles agences bancaires, de nouvelles chaînes logistiques et des objets connectés, qui vont proliférer dans le domicile, dans les magasins et dans la ville connectée.

Fini le reporting multi-canal tourné vers le passé, les données doivent maintenant prédire l'avenir, quitte a ce qu'elles soient complétées par des données venant en temps réel de l'extérieur de l'entreprise et de ses traditionnels entrepôts en silos. Je vois déjà les responsables de la sécurité tousser... 

Enfin, la DSI doit aussi contribuer à l'objectif d’innovation amenée par le numérique dans l‘entreprise et surtout par l'ouverture de son SI (open data, open innovation, open source...) et ses interactions avec le nouvel écosystème qui se créé autour de cette ouverture.

Ces deux idées, architecture et relations numériques autour de la data, ont été parfaitement illustrées cette semaine, lors de la conférence de Microsoft pour le premier déplacement en France de Satya Nadella, son nouveau CEO (d'ailleurs que GreenSI a trouvé très charismatique).

Car même Microsoft doit s'adapter et se transformer.  
Et Satya Nadella, en "Chief Transformation Officer", n'a qu'un mot d'ordre: "Mobile First, Cloud First". Une façon pour Microsoft de revendiquer le futur rôle de leader sur ces plateformes numériques que les entreprises vont mettre en place pour s'adapter au digital, incluant la collaboration interne des agents de l'entreprise. Exit la stratégie grand public et la filialisation de la Xbox? A suivre...

Mais cette conférence a aussi été l'occasion de deux témoignages d'entreprises françaises confrontées à la mondialisation de l'internet et qui ont déjà entamé les premières batailles de cette "Guerre des CIOs". 

Accor y a expliqué comment il a été réveillé par les nouveaux acteurs du marché. Ceux souvent cités dans GreenSI comme disruptifs, que sont par exemple Booking.com ou Hotels.com des agrégateur de nuitées ou AirBnB le site de location entre particuliers, apôtre de l'économie du partage.

Là où Accord était centré sur la force de ses marques et sur ses hôtels (accueil, check-in, chek-out) qui semblaient imprenables, eux sont allé chercher le client avec leur SI, bien en amont, dans les moteurs de recherche ou directement sur son mobile dans le taxi avant l'hotel. Ils ont fait de la préparation du voyage et de se réservation un atout, compensant la faiblesse de leur marque, qu'ils ont réussi à construire en quelques années seulement (et quelques levées de fonds).

Cela illustre parfaitement l'augmentation du nombre de points de contacts pour l'entreprise. Il ne s'agit pas uniquement de ceux qu'a déjà l'entreprise et qu'il faut numériser, mais bien d'imaginer de nouveaux points de contacts, pour enrichir l'expérience client avec le numérique.

Accord a mis en place 8 programmes de transformation digitale, dont un sur l'infrastructure, un sur les données et quatre sur le front office de la relation numérique avec les clients.

De son côté, Hervé Coureil, DG en charge des SI chez Schneider Electric, a lui décliné sa stratégie IT 2020, avec notamment une infrastructure d'ouverture d'APIs (Intégration Framework) pour y exposer les capacités de sa société, à un tout nouvel écosystème de l'optimisation énergétique, et faire le lien entre le monde digital et mobile, et les applications existantes.
 
Autre exemple, le SI dans le Cloud de Nest, le thermostat connecté souvent abordé dans les articles "DSI@Home" est un bon exemple pour comprendre cette ouverture. Depuis son rachat par Google, l'ensemble de ses API ont été ouvertes et sont exposées à tout un ecosystème qui va développer d'autres applications en s'appuyant sur les données collectées par Nest. Schneider Electric a certainement aussi été réveillée par les nouveaux acteurs agiles de la performance énergétique...

Pendant ce temps à Las Vegas, CA Technologies annonce une évolution de sa plateforme de gestion des APIs (acquisition du canadien Level7 en 2013) pour mieux y intégrer le mobile et la sécurité. Le portail API pour développeurs de CA, est maintenant disponible en SaaS, offrant la possibilité à tous les SI de s'engouffrer de façon sécurisée, vers ces plateformes API. Pour leurs propres applications ou pour celles de leur écosystème.

Une nouvelle gouvernance pour le SI

Tout cela n'est pas sans demander au DSI lui même d'adopter un nouveau style de management.

75% des DSI interrogés par Gartner savent qu'ils vont devoir le faire dans les 3 ans. Ils vont devoir déplacer leurs priorités, du "legacy" qui absorbe la majorité des budgets, au Digital. Pas uniquement avec de nouveaux projets, mais faire preuve de plus de Vision que de contrôle pour conduire leur troupes et leurs fournisseurs. (Présentation de l'agenda du DSI pour 2015 par Dave Aron que vous trouverez sur le site du Gartner). Et j'ajouterai même qu'il faut qu'ils continuent de lire GreenSI chaque semaine ;-)

 Ce management va reposer les bases de l'appréhension et de la gestion des risques SI. Dans le digital, le risque est accepté et les méthodes ne cherchent pas à l'éradiquer mais à en limiter les effets. Notamment par l'agilité et le test à petit échelle, le plus vite possible, puis le déploiement rapide à grande échelle.

Le risque est bon! Car il amène des raccourcis et de la vitesse dont l'entreprise a besoin (je sens certains défaillir...) Donc, oui, l'entreprise numérique et son SI agile sont fragiles, et ce fut un débat intéressant sur Twitter pendant la keynote de Gartner quand les DSI étaient appelé à "embracer" ce nouveau et complexe risque digital.
 
Le monde actuel de l'entreprise est risqué et fragile (incendie dans un entrepôt physique, stabilité politique, cours des matières premières...) mais l'entreprise a développé des parades (assurances, instruments financiers,...). 

Dans ce nouveau monde digital, il faudra aussi développer les nouveaux moyens pour couvrir ces nouveaux risques. Tout doit être repensé, des offres des fournisseurs aux offres d'assurance qui vont émerger.

Ce qui amène GreenSI a penser qu'au delà du style de management du DSI, la gouvernance complète de la DSI sera en forte évolution dans les années à venir, car elle prend l'eau de toutes parts... risques, agilité, contrôle, maitrise d'ouvrage, ...

Alors comment absorber ce choc de transformation tout en maintenant l'existant et même y dégager des marges de manoeuvre pour financer la 3eme ère du SI?

Le SI doit se scinder en deux: Solide + Agile

Une partie infrastructure "solide comme un rock" et une partie "liquide" (agile) et dynamique.

Le SI a une double nature ("Bimodal IT" pour Gartner). La réussite dans un monde numérique demande de mettre en place cette agilité, tout en recentrant et renforçant une solide infrastructure. Ces deux parties du SI n'ont pas les mêmes contraintes, règles et méthodes.

C'est d'ailleurs un discours très proche qu'a tenu Hervé Coureil de Schneider Electric à la conférence de Microsoft, en parlant d'un "Framework d'expérimentation" qui héberge les initiatives du digital, et des projets d'entreprise plus transverses et plus structurants.

Quelles composants et quelles applications mettre dans chaque partie?

Cela dépend des entreprises et franchement les discussions avec d'autres DSI m'ont confirmé que ce n'est pas très clair. Un ERP bien construit (data, mobile) et bien exploité (cloud) peut être différenciant et accélerer un rythme d'acquisitions de sociétés (donc de développement business), alors qu'un site Internet pour gérer les congés de ses salariés partout dans le monde, mais non compatible avec les navigateur récents, ne l'est pas et serait dans la partie "solide" à optimiser.

Quoi qu'il en soit, on retrouvera ici un sujet déjà évoqué avec le changement de stratégie de Facebook (Gestion de l'infra: Facebook et DSI même combat) et cela tord le cou au mythe du SI unique et homogène, souvent l'hypothèse fondatrice de la gouvernance du SI.

Bienvenue au Chief Engineering Officer

Au moment où en France les nouvelles ESN (Entreprises de Service Numériques) abandonnent le terme SSII, et notamment le I qui veut dire Ingénierie, n'est t-il pas temps pour la DSI de s'en emparer et de reprendre son rôle d'intégrateur de services, d'ingénieur du SI. Tous, ingénieurs du SI. Une toute nouvelle perspective et pas du simple marketing si elle est traduite dans les faits, comme cela va demander de le faire avec ces nouvelles architectures ouvertes. 

Certains parlent de broker, mais pour GreenSI ce terme ne renvoie pas assez à la construction. Ingénieur, lui est un vocable qui renvoi à la construction, à la conception de systèmes, à l'innovation, à la créativité et la robustesse. Les caractéristiques recherchées dans ce monde numérique et que la DSI avait écarté au profit du contrôle et du "zéro risk".

Bienvenue aux Chief Engineering Officers
Des DSI qui vont faire entrer leur SI dans la 3eme ère, en travaillant sur sa double nature et en adaptant son management au monde digital. Cette transformation semble la seule issue pour gagner cette première bataille de la Guerre des CIOs. Rares seront les Directions Marketing qui auront suent développer ces compétences et préfèreront faire alliance avec les DSI pour attaquer la suite de la transformation.
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Ne ratez pas la semaine prochaine l'épisode V : l'usine à logiciels, contre-attaque. Ce sera le développement de cette nouvelle gouvernance et en son coeur DevOps, sujet cher à GreenSI, qui a mis en France ses projecteurs dessus en début d'année.

jeudi 13 novembre 2014

Digital Business: la nouvelle économie des applications

Digital Business: la nouvelle économie des applications


Digital Business

C'est le thème de l'ouverture du Gartner Symposium et de l'ITExpo 2014 qui se tiennent à Barcelone du 9 au 13 novembre. Un rassemblement de milliers de CIO et de décideurs IT, venus écouter la bonne parole pour se préparer à affronter la prochaine vague d'évolution du SI qui va leur être demandée par le business.
 
De quoi s'agit-il?
De l'arrivée massive des objets connectés et l'accélération des initiatives numériques déjà engagée.

Pour les analystes présents, 4.9 milliards d'objets connectés seront utilisés en 2015 et 25 milliards sont prévus en 2020. La majorité dans l'interface avec les clients (13,1 milliards) mais aussi dans l'automobile (3,5 milliards). Soit une croissance annuelle proche de 35%.

Vous devrez penser "Digital First" !

Le numérique et la numérisation sont, pour Gartner, des catalyseurs du changement de cette révolution en germe, et reprise aussi comme thème chapeau des 10 prévisions stratégiques pour 2015.



Mais avant de développer ce sujet, tordons le cou une fois pour toute à cette image récurrente du catalyseur. Une analogie qui fonctionnait quand on parlait d'ouvrir un site de e-commerce sans changer ses processus de ventes, donc qui accélérait les ventes sans changer le produit, mais qui n'est plus adaptée à la révolution en cours.


Car un catalyseur accélère la vitesse d'une réaction chimique, voire peut l'aider à être sélective, mais sans en changer le résultat attendu. Le catalyseur entre en jeux dans la réaction en se décomposant pour agir avec les autres molécules, mais se recompose à la fin et est récupéré intégralement.

Avec le numérique, c'est bien d'un puissant agent de transformation dont on parle, qui se combine au business, et pas d'un simple catalyseur accélérateur.


L'entreprise qui en ressortira, n'aura rien à voir avec celle que l'on connait aujourd'hui, y compris ses modèles économiques, ses processus et les expériences de ses clients. 

Elle aura recomposé ses métiers avec le numérique, jusqu'à parfois produire des services et des produits qui ne sont que numériques. Ce qui d'ailleurs ne surprendra pas les lecteurs de GreenSI où depuis 2012 les "Transformers" sont à l'action.

GreenSI préfère nettement l'image de la recombinaison de l'ADN à celle du catalyseur.

Le "Digital Business" c'est quand tout business devient numérique.
GreenSI avait proposé il y a plus de 2 ans le terme "Digivorer" pour parler du fait que le logiciel était en train de dévorer les business, industries après industries ("Software is eating the world" - Marc Andreesen). Et bien nous y sommes !

Quel est le point commun entre la nouvelle expérience client dans sa voiture Tesla équipée d'un ordinateur relié en permanence à internet, les services en ligne, le e-commerce, les objets connectés qui envahissent la maison et qui "augmentent" les possibilités des humains, voire avec la ville qui devient intelligente?

Ce point commun c'est le logiciel (Software).  Le logiciel, sous toutes ses formes, systèmes, embarqué, applications, API, ... Un logiciel qui transforme aussi les datacenters avec le concept de SDDC - Software defined datacenter.

Le logiciel est donc différenciant pour l'entreprise.

Différenciant pour imaginer de nouvelles relations homme-machine et programmer les réponses business, en chaque points de contacts avec les clients, quand celui-ci est au moins multiplié par 10 depuis 5 ans et le sera encore avec l'arrivée massive de ces objets connectés.

Mais vous allez me dire, qu'on va acheter de plus en plus le logiciel sous la forme de SaaS, auprès de fournisseurs qui sauront le fabriquer et le maintenir, alors pourquoi s'en soucier?

Peut être parce que vous continuerez à en fabriquer à la DSI, surtout quand il sera différenciant ou qu'il devra être produit rapidement pour tester un nouveau business.

D'autre part, la vision du SI de l'entreprise comme l'évolution dans les Cloud des ERPs, qui gèreraient tout pour l'entreprise sans qu'elle ait besoin de SI propre, est trop simpliste pour GreenSI et certainement erronée. Eventuellement pour les applications internes, mais pas pour celles dédiées à vos clients qui deviennent, avec le "Digital Business", les produits de l'entreprise. 

Vous êtes-vous déjà demandé combien avez vous d'applications qui concernent directement les clients par rapport aux applications internes? 

Certainement très peu dans la globalité du SI à cause de la durée de vie élevée des applications (7-10 ans). Mais une étude de Computer Associates montre que c'est finalement une répartition 50-50 entre les applications internes et les applications orientée clients, si on ne regarde que les derniers développements



Faites le tests dans votre propre SI et partagez dans les commentaires.

Il est donc déjà temps de se poser la question de comment fabriquer ces nouvelles applications dans cette nouvelle économie qui émerge.
Et peut être allez vous développer plus demain qu'hier ou qu'aujourd'hui. Une autre idée qui semble contre intuitive après des années d'outsourcing massif... que certains regrettent peut être déjà d'ailleurs. 


The Application Economy

Au même moment de l'autre coté de l'Atlantique, se tient le CA World, le rassemblement de tous les clients de CA Technologies (ex. Computer Associates), dont la keynote était retransmise à Barcelone. CA Technologies, une société qui a vu plusieurs révolutions du SI et qui a dans son ADN l'outillage des DSI pour développer des applications et s'organiser autour.

Mike Gregoire, le CEO qui en a repris les reine en janvier 2013 après avoir dirigé et revendu Taléo (société  à succès dans le SaaS), a annoncé lors de cette keynote, l'avènement de l'économie des applications et publié une étude intéressante sur l'impact qu'elle aura sur les entreprises (et que vous trouverez içi).

Pour vous faire prendre conscience des changements perçus des deux côtés de l'Atlantique, au Gartner Symposium et à CA World, GreenSI a organisé en 3 épisodes ses prochains billets à paraitre :

NB: Et pourquoi commencer par l'épisode VI me direz-vous? Et bien si vous ne voyez pas, demandez à quelqu'un autour de vous qui connait les trilogies de la culture geek ;-)

Alors ne ratez pas ces 3 prochains billets et préparez vous à mettre dès maintenant le business digital tout en haut de votre agenda dès 2015.

samedi 8 novembre 2014

dimanche 2 novembre 2014

DSI: laissez vous inspirer par le ruban de Moebius

DSI: laissez vous inspirer par le ruban de Moebius

En mars 2012, un des plus grands dessinateurs de science fiction (entre autres) disparaissait: Jean Giraud, alias Moebius.

Un dessinateur, mais pour GreenSI certainement un inspirateur et un visionnaire, dont l'oeuvre imaginaire flotte encore, et pour longtemps, autour de ceux qui savent la regarder.

Depuis les années 1960, tel Arzak l'arpenteur, le DSI passe de mondes en mondes, chacun avec ses nouvelles règles, castes et privilèges. A la vitesse des changements technologiques: mainframes, client serveur, internet, social, internet des objets.

Comment ne pas voir dans ce dessin, l'émergence de nouvelles plateformes dans le Cloud, un besoin de mobilité et d'agilité, et les premiers squelettes des dinosaures en voie d'extinction, sur  lesquels ce blog aime bien mettre les projecteurs?

Dans la série l'Incal, la société décrite par Moebius est une planète dirigée par deux castes: les "technos" et "l'économat".
Les "technos" (lunettes noires, "oeuf d'ombre" sur la tête des chefs) servent cette force noire la Ténèbre et s'appuient pour cela sur la technologie. "L'economat" sert le pouvoir économique.

La population ordinaire vit dans les bas niveaux de "cités-puits" au rythme de la TV toujours branchée et de la virtualité. Même le président est virtuel et se transporte d'un corps à l'autre. L'Elite vit dans une citadelle en lévitation aérienne au-dessus de la "cité-puit" et leur membres ont une auréole artificielle au-dessus de leur tête. Il y a loin entre cette vision du futur et celle plus positive de la ville sensible abordée dans un dernier billet (Ville sensible: de l'utopie à la réalité... connectée).

Pour les chefs des technos, plus l'oeuf d'ombre est grand, plus il concentre de pouvoir, sur le "technopère"... 


Aujourd'hui les DSI sont souvent vus par les métiers comme ces "technos" qui cherchent a garder leur pouvoir.

Appuyés pour cela par une pléthore de fournisseurs, qui voient le risque d'extinction de leur business modèle assis sur ce pouvoir du DSI, et qui n'ont pas assez de ressources pour rejoindre ces nouvelles plateformes dans le Cloud, qui ne dépendent plus de la DSI. 

La résistance de l'economat a d'ailleurs commencée quand elle a compris le pouvoir qu'elle pouvait tirer de ces plateformes dans le Cloud et de la profusion des technologies grand public. C'est l'ère du SaaS "sauvage", du BYOD, des objets connectés, des budgets qui passent de la DSI aux métiers et même de l'émergence du sujet de la fin du DSI (DSI l'âge de l'extinction).

Mais ne nous y trompons pas. Derrière la technologie que l'économat adopte sans précaution, il y a bien La Ténèbre, qui contrôlera ces nouveaux venus et en fera de nouveaux serviteurs si ils n'y prennent pas garde. Ce chemin est donc parsemé d'embuches et ne remplacera qu'un pouvoir par un autre.

Non, ce n'est pas la voie de la transformation numérique!

La transformation numérique de l'entreprise demande un nouveau modèle qui devra métisser économat et technos. Dans le monde imaginaire de Moebius c'est la fusion de l'incal noir et de l'incal de lumière.

Mais de revoir l'organisation de l'entreprise numérique ne suffit pas si elle n'adopte pas de nouveaux processus pour ses nouveaux services et produits numériques. Or la gouvernance traditionnelle du SI a montré qu'elle était peu adaptée à l'économie numérique. Même si la v5 de CoBIT (2013) cherche a  introduire des concepts pour l'aborder en amont (Design Management) entre le métier et les équipes de développement.

Encore une fois c'est Jean Giraud qui nous donne une seconde clef en prenant l'identité de Moebius pour signer ses oeuvres. Ce ruban que l'on peut parcourir à l'infini en restant sur sa face unique, mis en évidence par le mathématicien allemand August Ferdinand Moebius (aussi orthographié Möbius).
Pour le DSI, le ruban de Moebius, c'est le symbole de la fin des silos et des organisations pyramidales.

C'est l'annonce de l'avènement d'une nouvelle gouvernance.

Une gouvernance qui peut unifier sur une même face, la construction du SI (développement) et son fonctionnement (opérations), tout en transformant l'entreprise (business).



On passe du Business au Développement, et du Développement aux Opérations, de façon fluide et continue, à un rythme toujours plus élevé. Les deux faces du ruban n'en font qu'une :

Bus-Dev : c'est le domaine de l'agilité et l'affirmation que le SI est un moyen de transformation numérique de l'entreprise.
Le mot développement signifie aussi bien le développement de l'entreprise et les opportunités commerciales qu'il ouvre, que le processus de fabrication du SI avec en son coeur: le code et les données. C'est tout l'enjeu d'une nouvelle combinaison DSI et Métiers pour innover transformer l'entreprise. Un sujet de transformation exploré par GreenSI dans un billet précédent (Entreprise numérique: Now, Open for Business)

Dev-Ops : c'est aussi le domaine de l'agilité, mais pour la mise en production continue
Car dans un monde toujours connecté la fabrication devient aussi continue. DevOps c'est la prise de conscience que l'approche traditionnelle n'est plus adaptée quand l'entreprise veut aller vite comme pour le web, le mobile et le Cloud. Une nouvelle gouvernance qui demande une nouvelle organisation et surtout une philosophie différente (Connaissez-vous DevOps? Le chaînon agile manquant ou La visibilité de DevOps grimpe en flêche)

La gouvernance de la DSI dans un monde numérique (digital diront certains) est en passe d'être totalement transformée par ce ruban infini. TRANS FORME c'est aussi le nom de l'exposition rétrospective de Moebius organisée par la Fondation Cartier de son vivant.

Laissez-vous inspirer par Moebius, maître de la transformation...