dimanche 31 mai 2015

Oser, explorer, expérimenter les services de demain

Oser, explorer, expérimenter les services de demain


Fin 2009 Olivier Laborde était dans les précurseurs des nouvelles structures d'innovation quand il lance le "Lab Cash management", au sein de la ligne métier cash management de Natixis, pour délivrer des expérimentations agiles aux métiers et à leurs clients.

Dès le départ il obtient le co-sponsoring de la DSI, qui affecte une ressource au sein du lab, et démontre que ces nouvelles organisations ne sont pas là pour ringardiser les équipes en place mais pour amener un nouveau chemin à l'innovation.

En effet, dès qu'une idée est incertaine, elle a peu de chance de survivre dans le rouleau compresseur de la machine à investir, et parfois à penser, des grandes entreprises. Un peu plus, dans les PME ou les entreprises dont le dirigeant est aussi le propriétaire de l'entreprise avec une vision plus long terme. 

D'ailleurs une différence entre une jeune startup et une entreprise plus agée, c'est justement que la startup n'a pas un processus formel pour piloter ses investissements, mais exploite la recherche et le feedback permanent de ses premiers clients.

Ce qui lui demande une approche qui sait gérer les risques et l'incertain, alors que l'entreprise traditionnelle va chercher à les éliminer. Quitte à tuer l'idée qui les amène ou pourrait les générer. Kodak restant le symbole de ces entreprises qui ont inventé des ruptures technologiques (l'appareil photo numérique) et les ont étouffées pour ne pas se cannibaliser. Avec la suite que l'on connait.
 
Après 5 années de fonctionnement et d'innovations, Olivier Laborde s'est posé la question (dans le cadre d'une thèse rédigée pour compléter son Executive Mastère Direction Marketing & Stratégie Commerciale à HEC) de comment une grande entreprise de services pouvait innover dans un monde en mutation permanente.
 
Riche de la propre expérience de ses équipes au Lab Cash management, il l'a étendue avec des rencontres d'autres structures de labs qui se sont développées sur la période, comme ceux d'Air Liquide, Axa ou Pernod Ricard, pour n'en citer que trois. Des travaux qu'il a bien voulu partager avec les lecteurs GreenSI dans ce billet, dont le titre "Oser, explorer, expérimenter les services de demain", n'est autre que la devise que s'était fixée le Lab Cash management.  

Dans les tentatives de quitter une approche trop structurée des organisations et de gérer l'innovation autrement, on trouve plusieurs formes plus ou moins intégrées avec l'entreprise. Du simple "fond innovation" où on se contente d'investir par "carnet de chèque interposé", à la création d'un lab interne mobilisant des équipes et des méthodes nouvelles, et dont le potentiel de transformation de l'entreprise est certainement plus fort.
 
Ce qui a retenu l'attention de GreenSI c'est la forme de structure autonome de type "Lab interne" qui permet de porter et d'isoler les projets ou initiatives qui demandent de ne pas être "perturbés" par l'organisation en place, pendant au moins quelques mois, avant de savoir si oui ou non, ils présentent du potentiel pour l'entreprise. 

Une forme de cellule autonome qui peut avoir cinq finalités selon les exemples étudiés dans cette thèse.

Le lab facilitateur

C'est le lab qui va animer (ou réanimer) la culture d'innovation dans l'entreprise, en organisant la démarche participative d'innovation: trophées, challenges, boites à idées... de façon transverse aux métiers. Une forme essentielle pour alimenter le flux d'idées, de projets ou de questions stratégiques dont l'entreprise doit se nourrir en permanence pour innover.

Le lab de prospective

Réfléchir à la stratégie de l'entreprise a 5-10 ans et entrainer les métiers dans ce futur et dans ses impacts, est un exercice pas toujours compatible avec le pilotage au quotidien. C'est pourquoi il est recommandé de lire GreenSI chaque semaine ;-)
Ce type de lab offre cette "isolation" propice a des idées de ruptures et plus largement les territoires d'innovation, pour nourrir les métiers. La difficulté de cette forme de lab est de bien garder un "ancrage" avec les métiers (qui regardent à court terme) pour concrétiser cette prospective.

Le lab open innovation

La création et l'animation d'un eco-système de partenaires, startups ou fournisseurs, est de plus en plus essentielle pour répondre aux exigences des nouvelles expériences utilisateurs, qui dépassent le scope de l'offre d'une seule entreprise. Pour ne citer que cet exemple, c'est tous l'enjeu autour des API exploré dans les derniers billets de GreenSI, que de rassembler ces données et/ou produits complémentaires qui feront la différence dans votre relation clients (API: les dessous de l'omni-canal).
Cette forme de lab permet donc d'accéder et de disposer rapidement d'un accès a des technologies ou données développées par de jeunes sociétés innovantes. GreenSI  a déjà exploré certaine de ces initiatives dans les DSI, comme notamment les "hackathons" pour innover sur les applications "en mode startup" , ouverts aux développeurs externes et en partant des besoins réels formulés par les clients de l'entreprise.

Le lab "maker"et agile

L'image la plus simple que l'on puisse donner à cette forme de lab, c'est celle de la machine à innover. Avec cette forme de lab, l'entreprise va se retrousser les manches et mettre en place les démarches agiles qui lui permettent de tester des idées et d'innover au même rythme que son ecosystème. Mais aussi d'échouer souvent mais rapidement et sans complexe.
En isolant au sein du lab ces projets on leur permet dans un premier temps de transformer la façon de penser et de faire, mais l'objectif ultime est bien la transformation de l'entreprise toute entière, si il s'avère que les idées testées sont pertinentes sur le plan business.

Le lab de communication

Les enjeux de communication externes, mais aussi internes, sont importants quand on aborde la transformation et l'innovation. La communication permet de signaler où on veut aller et d'attirer des talents et partenaires que l'on ne connait pas et qui voudraient faire un bout de chemin avec nous. Mais aussi de rendre tangible l'innovation et la transformation en interne, autant auprès des salariés, que des managers "englués" dans leurs objectifs à court terme qu'ils invoquent comme raison pour ne pas innover.

 
Ces 5 formes ne sont bien sûr pas exclusives.

Elles partagent un point commun: elles sont fragiles. Car elles sont construites sur une contradiction apparente: être à la fois non intégrées à l'entreprise pour survivre à ses règles et contraintes, mais devant être intégrées à l'entreprise pour qu'elle en tire tous les bénéfices et apprentissages qui vont être produits. Donc il demandé beaucoup de doigté et de pédagogie interne pour piloter ces structures.

La transformation numérique accélère le besoin de nouvelles approches pour les DSI. Les formes "prospective" et "open innovation" sont souvent des moyens de démarrer, car la technologie se prête a ces exercices. La veille technologique et le sourcing de technologies externes permettent de lever le nez du guidon et du rythme annuel des investissements IT. C'est aussi vrai dans d'autres métiers de l'entreprise comme le Marketing ou sur une ligne de produits.

Mais à terme ces structures doivent s'intégrer à une démarche d'innovation (et transformation) globale de l'entreprise, pour produire des résultats métiers tangibles, et surtout visibles par les clients de l'entreprise. Alors pourquoi ne pas envisager de créer un lab d'entreprise?

Voici les derniers conseils pour la route, les 10 ERREURS à éviter pour constituer un Lab.
  1. Penser et agir comme un entrepreneur indépendant,
  2. Compter sur des budgets généreux, une aide inconditionnelle et une bienveillance diffuse,
  3. Se reposer sur un parrain puissant,
  4. Donner trop ou pas assez de poids à l'opinion de son supérieur direct,
  5. Accroître inutilement sa visibilité,
  6. Négliger la dimension business en faveur de la dimension technique,
  7. Ignorer l'existence de projets similaires et/ou concurrents,
  8. Repousser le chiffrage économique du projet à plus tard,
  9. Ne pas expliciter ses attentes en cas de succès,
  10. S'identifier trop personnellement.
NB: si vous voulez en savoir plus sur le Lab Cash management, ils ont eu la bonne idée de publier un livre blanc: ici

mercredi 27 mai 2015

La sécurité des SI est à prendre très au sérieux

La sécurité des SI est à prendre très au sérieux

Le numérique a amené une rupture dans les enjeux et la façon de voir la sécurité des systèmes d'information dans l'entreprise.  


De systèmes principalement internes il y 10 ans et dont l'accès était limité à des utilisateurs nommés, la transformation numérique a projeté le SI de l'entreprise dans un écosystème de services accessibles par des salariés, mais aussi des clients et des partenaires, depuis des appareils fixes ou mobiles et bientôt des objets connectés.

Mais l'architecture n'explique pas tout.


Pourquoi les bandits attaquaient les diligences sur les routes du Far West? Et bien parce qu'elles transportaient de l'or!


Les hackers attaquent donc les SI parce qu'ils ont de plus en plus de valeur pour l'entreprise. Soit parce qu'ils peuvent en valoriser les données dérobées, soit tout simplement parce qu'il peuvent en valoriser la disponibilité du service. Comment? En envoyant au préalable une demande de paiement pour maintenir le service en état. Oui, c'est du chantage, mais c'est bien réel.

Et dans un monde numérique, la disponibilité du service est essentielle pour l'entreprise et son chiffre d'affaires. CQFD.


Les mêmes cyberattaques peuvent aussi être pilotées pour des raisons politiques dans lesquelles l'entreprise est amenée malgré elle. Sa simple nationalité peut être un prétexte à des attaques de groupes organisés comme la France a pen subir (assez bénignes cependant) il y a quelques mois.

Avec cet éclairage, on comprend que la sécurité des SI est plus importante pour ceux dont une grande partie de l'activité en dépend, de la petite TPE qui n'a pour seul réseau commercial que son site internet, à la grande entreprise mondiale qui a éclaté ses sites de production dans le monde. Ce n'est pas la taille du coffre qui compte mais la valeur du contenu de la diligence...

Et la sécurité n'est pas l'affaire seule de la DSI. Bien sûr la DG est en première ligne mais pas uniquement. Lors des lancements de sites ou de produits numériques, dans la ferveur de vouloir être visible et de réussir, on peut facilement ouvrir des brèches dans son SI en pensant les refermer après le lancement. Mais il sera peut être trop tard. 

Or, en amont de ces lancements où toute l'entreprise est sur le pont, en tant que DSI, on a tous été confrontés à la difficulté d'apporter la mauvaise nouvelle ou de poser la mauvaise question : mais est-ce que c'est bien sécurisé tout ça?
Et là on espère qu'on ne va pas tirer sur le messager ;-)


Pour tester vos réflexes sécurité dans un monde numérique, et prendre la sécurité des SI très au sérieux, Trend Micro propose un "serious game": 

 

Un jeu très réaliste que GreenSI a testé: vous êtes sur le point de sortir une solution qui va révolutionner les paiements, mais je ne vous en dis pas plus, essayez-le!

En bon professionnel de l'IT vous allez chercher à convaincre votre DG qu'il faut aussi se préoccuper de la sécurité et... lui allouer un budget.

Un budget que vous essayerez de ne pas "cramer" trop vite donc avec le "juste nécessaire".

Et comme dans la vrai vie, le marketing essayera de vous pousser à la faute, de communiquer rapidement et d'anticiper les dates de sortie. Et, plus on communique qu'il y a de la valeur dans la diligence SI, plus on doit être prêt tôt à stopper les intrus.

Alors, saurez-vous prendre les bonnes décisions?

dimanche 24 mai 2015

DSI@Home: pourquoi j'ai "rebooté" ma voiture

DSI@Home: pourquoi j'ai "rebooté" ma voiture

La semaine dernière, comme beaucoup de français, j'ai profité des congés du mois de mai pour partir m'oxygéner à la campagne. Tout commençait bien, jusqu'à la station services près de chez moi, quand après avoir pris de l'essence et vérifié la pression des pneus, ma voiture automatique n'a plus voulu partir. 

Un incident qui m'a projeté dans le futur monde des voitures connectées et de ce que cela va supposer en terme de support aux conducteurs.

Sur les voitures automatiques, vous savez certainement qu'il n'y a pas de levier de vitesses mais juste un mode Neutre, Avancer ou  Reculer. Ensuite la voiture se charge du reste, à savoir de passer les vitesses en automatique. C'est le standard dominant de l'autre côté de l'Atlantique, mais pas celui des pays latins de la vielle Europe.

Mais ce matin en mettant le levier en position "Avancer" le tableau de bord, qui me donne en retour la réalité de l'état de la voiture, m'affiche en position "Neutre". Impossible de repartir, alors que le moteur était en marche et qu'aucun voyant de panne n'était allumé. La voiture ne captait visiblement plus la position réelle de mon levier de commande R/N/A manuel et ne croyait qu'en la valeur numérique en mémoire, en dépit de la position réelle de ce levier. 

Pas de problème je me dis. Un appui sur "Start" , le ON/OFF de ce Grand Picasso C4, va certainement résoudre cette mauvaise blague en redémarrant. Et bien non!

Là on ne peut s'empêcher de penser que les constructeurs étaient allé un peu loin dans le numérique de la voiture (même par GreenSI !). Mes commandes physiques ne sont plus connectées au système logiciel qui pilote le moteur. Heureusement, incident qui survient à l'arrêt sur l'aire de gonflage des pneus d'une station services, avec la liberté de pouvoir réfléchir sur comment résoudre ce problème.

J'appelle mon garagiste, qui, coup de chance, était encore ouvert avant de partir lui aussi en weekend. Il me propose de m'envoyer une dépanneuse. Vous savez ce truc "analogique" qui est censé ramener votre véhicule sur un point centralisé où il va être physiquement inspecté... dans 3 jours après un long weekend.

Là, je me dis que je suis dans un cauchemar numérique et qu'il faut que je réveille mon garagiste!

Pourquoi amener la voiture à la concession alors qu'on est en relation par téléphone? Pour pouvoir brancher le système de diagnostic du véhicule me répond mon garagiste!
Mais ne peut-on pas diagnostiquer à distance? Malheureusement nous sommes dans une situation qu'il n'a jamais rencontrée et que rien n'est encore prévu pour cela en 2015... 

Je suis pourtant convaincu que c'est un problème logiciel et non matériel. Il ne me reste plus qu'à essayer LA solution miracle qui marche souvent avec le numérique, même sans avoir un "écran bleu" sous les yeux: "rebooter" la machine! 

Mais au fait comment on peut "rebooter" une voiture?

Et là, mon garagiste qui a un éclair de génie, et je remercie Citroën de l'avoir formé, me dit qu'on peut essayer de débrancher la batterie. Gardez ça en mémoire, car avec tous les robots et autres objets connectés qu'on nous prédit par milliards d'ici 2020, c'est certainement un réflexe salutaire qu'il va falloir acquérir pour survivre.

Mais débrancher la batterie pendant 30s, pour que toutes ses mémoires (capacités en fait) se vident, n'est pas si simple sur une voiture automatique et "intelligente". 

 Car quand la clef est à l'intérieur du véhicule, la voiture ne se réinitialise pas.

Et oui, c'est un véhicule intelligent. La voiture pense que c'est une situation "normale" de redémarrage "on/off", conducteur au volant, ce que j'avais déjà essayé et ne se réinitialise pas totalement. 

Clef dans la poche en dehors du véhicule, je débranche, j'attends 30s, je rebranche, la voiture se réinitialise, je redémarre, et voilà que tout rentre dans l'ordre. Mon garagiste étant le premier surpris. J'ai depuis avalé des centaines de kilomètres sans aucun problème.

A la veille de l'arrivée de voitures connectées encore plus sophistiquées, cette expérience soulève la question du support utilisateur de ces solutions.

Le réseau actuel des garagistes, pensé pour l'analogique et les pannes mécaniques, n'est certainement pas la solution optimale dans un monde numérique. La voiture connectée amène un potentiel de diagnostic à distance encore non exploité par ce réseau.

Et en allant quelques années de plus dans le futur, on peut quand même se demander pourquoi ma voiture ne m'a pas dit qu'elle avait un problème et qu'il fallait que je quitte le véhicule (avec ma clef) le temps qu'elle réinitialise le système primaire. Et ce n'est pas si futuriste que ça, car on cite souvent l'exemple "big data" de General Electric qui analyse à chaque retour d'un avion, les données du moteur qu'il a vendu au constructeur de l'avion, pour en optimiser la maintenance. La voiture va certainement aussi faire l'objet de ce type de services de diagnostics, si elle sait exploiter le réseau des opérateurs mobiles et les données stockées dans le véhicule. 

D'ailleurs pourquoi la station "services numériques" de 2017 ne proposerait pas en standard le diagnostic de votre voiture devenue numérique et intelligente? Une borne de plus à ajouter à côté de celle de l'aspirateur et du gonfleur de pneus, pour mettre à jour le système d'exploitation de la voiture, détecter la présence de virus ou de "back door" et bien sûr optimiser sa maintenance. Qui sait?

Espérons donc que le concept de “voiture connectée” ne se limitera pas à  un simple accès internet dans le véhicule pour communiquer avec le monde extérieur et écouter sa musique en ligne. L'enjeu des véhicules connectés est aussi le support numérique, de véhicules de plus en plus sophistiqués.

Sinon, il ne nous restera plus qu'à apprendre à rebooter notre voiture régulièrement et croiser les doigts à chaque fois, comme avec les bons vieux PCs. Nostalgie, nostalgie...
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Avec les objets connectés, le "système d'information des particuliers" va continuer à s’étoffer, et le consommateur en devenir de plus en plus acteur, voir manager de ce SI. A la maison, le DSI c'est vous!
C'est le thème des billets DSI@Home débutés en 2013 (voir aussi Ma chaudière est plus intelligente que mon frigo).


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dimanche 17 mai 2015

Les plateformes API de l'entreprise numérique

Les plateformes API de l'entreprise numérique

Le 12 mai c'était la 3em matinée de l' #APIConnection sur le thème des retours d'expériences et des bonnes pratiques de mise en oeuvre des API. Car si la mise en oeuvre d'une API au niveau de la DSI et d'une application n'est pas très compliquée, l'articulation d'une stratégie API efficace au niveau de l'entreprise est une autre affaire.

Pas nécessairement très complexe, mais demandant une approche globale et une compréhension de la valeur métier et des enjeux poursuivis.

Quelle stratégie pour la mise en place d'API?

C'est le premier enseignement de cette matinée. Les API sont certes essentielles à la stratégie numérique des entreprises (Quand les API vont tous nous connecter), et de façon plus centrée à la stratégie omnicanal pour délivrer une meilleur expérience aux clients (API: les dessous de l'omnicanal), mais pour cela il faut mettre en place une stratégie de plateforme et adapter son organisation. Deux témoignages très riches ont nourri ce retour d'expérience.
Tout d'abord celui d'Orange, qui au niveau mondial a souhaité ouvrir ses API pour que des partenaires puissent être intégrés dans leurs portails clients. Par exemple pour le service FamillyWall, une sorte de Facebook privé, qui est offert aux clients "open" d'Orange sous le nom FamillyPlace et intégré au SI d'Orange. Et ce au niveau mondial donc dans plusieurs Business Units. 

Leur première aventure avec les API, a été de mettre en place les API au sein de chaque BU. Ce qui avait le mérite d'être simple dans un groupe à l'organisation complexe. Mais rapidement le projet a fait machine arrière suite à de multiples difficultés. La bonne organisation est nécessairement transverse.

Les API sont là pour masquer la complexité des SI et des organisations à l'extérieur.

 

Orange s'est alors attaqué a faire converger en interne ses API et offrir une seule plateforme pour leur diffusion:orangepartner.com. Et en terme de format, d'évoluer de la SOA et du XML maison vers des formats REST et JSON permettant le self-service. C'est à dire la capacité pour les développeurs partenaires de les utiliser seuls, une fois l'enregistrement sur le portail partenaire effectué.


 

Le second témoignage est celui de l'API Academy, association très active pour évangéliser les développeurs sur les usages des API, dans des conférences à travers le monde. Pour Ronnie Mitra le Design des API est quelque chose d'essentiel si on veut qu'elles soient ensuite utilisées et efficaces.

Un design qui doit à la fois faire preuve d'empathie vis à vis des futurs utilisateurs, qu'il faut donc chercher à connaître, mais aussi intégrer dès le départ la maintenance. Car les API publiques sont comme les diamants, elles sont éternelles, une fois que des partenaires s'y seront connectés pour délivrer leurs services.



Mathieu Poujol, analyste CXP/PAC en a profité pour faire le point sur le baromètre de la transformation digitale avec un retour du panel sur les API. A la question quelles sont les meilleures pratiques en matière de gestion des API, le focus actuel des entreprises est autour de la publication de nouveaux services et pas encore dans l'exploitation des services déjà existant dans le SI. Mais comme on l'a constaté chez Orange, leur ouverture demande une adaptation de l'organisation et la mise en place de possibilités de self-service pas toujours développées en interne. Cela prendra donc plus de temps.

Le temps des plateformes API

Il semble donc plus facile de démarrer avec de nouveaux services. Mais les API jouent un double jeu. A la fois de développement de nouveaux services numériques des entreprises digitales, mais aussi de réorganisation interne du SI pour aligner son architecture et ses données sur les besoins d'ouverture de l'entreprise numérique.
Pour cette réorganisation, les témoignages de NexworldCGIMoskitos et OpenDataSoft, lors de cette 3em matinée démontrent l'intérêt de mettre en place une plateforme pour la gestion du cycle de vie des API (API management) et leur diffusion sécurisée (API Gateway).
Plusieurs logiciels existent dans ce domaine, dont la suite de CA Technologies. Mais il est aussi possible de souscrire a des plateformes en SaaS avec des sociétés qui mettent en place une partie de l'infrastructure pour vous. Il ne reste plus qu'a vous y connecter.

Moskitos avec sa plateforme Crosscut assure les échanges entre le SI d'une société de cosmétiques, et un objet connecté utilisé dans ses points de ventes au niveau mondial, pour donner un diagnostic immédiat de la peau des clientes et proposer leur les produits cosmétiques les mieux adaptés à leur profil. C'est aussi l'occasion de stocker ces informations dans le CRM et d'accéder à des API externes de données météo locales (qui influencent le diagnostic).

OpenDataSoft avec sa plateforme de traitement de données qui permet à des utilisateurs non informaticiens de charger des fichiers (xls, csv...), puis de travailleur leur visualisation sous la forme de cartes par exemple, et de générer automatiquement les API qui peuvent ensuite être utilisées pour intégrer ces données de façon dynamique dans des portails.
Une plateforme qui équipe déjà, entre autres, la ville de Paris et Toulouse Métropole pour la diffusion en open data de leurs données.

Le thème API s'avère donc être plus qu'un simple dispositif technique pour Geek, mais bien une réflexion a lancer pour préparer son SI a s'ouvrir pour délivrer de nouveaux services numériques ou développer des eco-systèmes de partenaires. Autant de raisons pour les mettre sur votre radar stratégique.

Et ne ratez pas non plus la prochaine (et 4eme) #APIConnection qui sera le 16 juin 2015 pour aborder les enjeux de sécurité et juridiques associés à cette ouverture.

mardi 12 mai 2015

lundi 4 mai 2015

Des micros-messages pour automatiser le monde connecté

Des micros-messages pour automatiser le monde connecté

Dans les curiosités de l'internet et de son modèle de financement, où on paye pour voir, l'application Yo qui ne permet que d'envoyer un "Yo" à ses relations sur ce réseau social, détient certainement un grand prix.

Lancée le 1er avril 2014, presque comme une blague, elle obtient en quelques mois des centaines de milliers d'utilisateurs et se trouve valorisée en juillet 2014, entre $5 millions et $10 millions, après avoir levé $2,5 millions. Aujourd'hui, un an plus tard, et après s'être enrichie de la fonction de partage de sa localisation, elle n'est plus sur les écrans radars des startups en vue. Mais peut être rebondira t-elle prochainement avec l'Apple Watch. Qui sait?

Pourtant, derrière ce qui pourrait ressembler à un canular et l'exubérance de riches investisseurs, se cache une idée toute simple, qui est en train de se répandre à grande vitesse dans le monde digital. GreenSI appelle cela l'automatisation des micros-messages. Découvrons la ensemble.

Systèmes complexes: les échanges doivent redevenir simples

Parfois, un micro-message vaut mieux qu'un long discours ou qu'une longue intégration entre deux applications.
Par exemple pour allumer une lampe depuis votre smartphone, pour demander la météo et enrichir le tableau de bord d'une de vos applications, ou tout simplement pour être alerté de façon moins rudimentaire qu'un simple "Yo". A chaque fois, les échanges peuvent se faire par des micros-messages normalisés, permettant un couplage "lâche" entre les deux parties (celui qui émet et celui qui reçoit).

Rien de bien nouveau pour ceux qui connaissent le middleware d'entreprise, sauf qu'il s'agit maintenant de gérer les échanges à l'extérieur de l'entreprise, à l'échelle de la planète et avec des performances adaptées aux mobiles et bientôt aux objets connectés. 

Pour les adeptes de Twitter ou du SMS, je n'ai pas a vous convaincre que la frugalité d'un message (140 ou 160 caractères) n'est pas un frein. Les micros-messages vont donc à l'essentiel avec quelques paramètres.

Et si vous avez suivi les derniers billets de GreenSI sur les API (Quand les API vont tous nous connecter) vous savez que leur développement s'accompagne d'une nouvelle "grammaire" de messages pour interagir avec une application, ou même les services numériques d'une entreprise comme La Poste qui vient de les ouvrir (API: les dessous de l'omni-canal).

Tout est donc là pour stimuler le développement de micros-messages applicatifs pour interagir sur internet et automatiser le monde connecté. Mais Yo ne sera certainement pas le prochain Twitter des micro-messages entres applications et/ou machines.

D'autres comme IFTTT.com en ont compris tout le potentiel et sont beaucoup plus avancés. Ce n'est pas la première fois que GreenSI vous parle de cette plateforme qui permet "d'automatiser votre internet" en programmant des règles simples, déclenchées par des évènements dans une de vos applications, et produisant un résultat dans une autre de vos applications.
Pour ceux qui me suivent sur Twitter (@fcharles), vous avez du remarquer que depuis plusieurs années "j'annonce" en automatique le gel et la pluie sur Paris en utilisant une règle IFTTT:


Pour cela, IFTTT référence et permet d'activer, depuis sa plateforme, les API de toutes les applications de votre quotidien (mail, réseaux sociaux, documents, météo,...) pour créer des combinaisons de plus en plus nombreuses et imaginatives (appelées "Recettes" par ses utilisateurs). Les règles sont très simples a programmer, avec un assistant très intuitif depuis un PC ou un mobile, et peuvent être partagées. Donc si vous êtes pressé(e), recherchez qui a déjà résolu votre problème et reprenez sa recette...

Ce qui est nouveau, c'est que IFTT.com vient de sortir une application "Do button" pour réutiliser les API de sa plateforme vers toutes les applications référencées. Ce qui vous permet simplement et sans programmation, d'interagir avec une application tierce sans utiliser son interface, mais en passant par IFTTT et son interface.

Par exemple, si vous êtes vraiment un adepte de Yo, voici la règle pour envoyer un "Yo" géolocalisé a vos followers quand vous appuyez sur un bouton de votre smartphone. A peu près ce que sait faire l'application Yo...  



Objets connectés: les micros-messages seront la règle

Bon, mais à part avoir la satisfaction de recoder l'application Yo en une règle, à quoi cela peut servir?

Et bien les objets connectés arrivent à la maison. IFTTT cherche à positionner votre smartphone comme télécommande universelle et personnalisée. Vous pouvez déjà commander la lampe Hue de Philips, et pourquoi pas votre thermostat Nest.

Gros avantage de cette télécommande, elle est programmable simplement. Le champ des combinaisons pour s'adapter à vos besoins est donc immense. Surtout, vous pouvez croiser vos applications de communications et sociales avec celles de vos objets connectés. Ce qui est plus difficile à faire par les fabricants d'objets connectés sans leur donner accès à chacun d'eux, à vos emails et vos autres réseaux sociaux.

Un service similaire à un autocommutateur, qui mettrait en relation les applications qui doivent se parler entre elles, quand elles doivent se parler.




Quelle est la portée stratégique de ces micros-messages?

On a beaucoup dit avec le digital qu'il y avait un risque de désintermédiation entre une entreprise et ses clients, si d'autres s'emparent de cette relation clients et vous relègue a être un simple fournisseur de services. Jusqu'au jour où ils n'auront plus besoin de vous...

Avec les micros-messages, la question stratégique de la désintermédiation de vos applications se pose aussi.

Car Philips a bien sûr une application pour piloter les lampes Hue qu'il vend. Mais avec ce nouvel usage, elle n'est plus nécessaire puisque IFTTT vient de la désintermédier. Est-ce un nouveau risque dans cette économie digitale? Pas sûr tant que cela stimulera la vente du produit réel (la lampe Hue), mais dès qu'elle aura des concurrents, lowcost par exemple, ce sera une autre histoire. Car il suffira d'un simple reparamétrage des règles de votre smartphone pour adopter ce nouveau produit sans changer vos habitudes et sans que ce produit n'ait besoin d'avoir sa propre application.

Alors si les API ne sont pas encore sur votre radar stratégique, GreenSI espère que ce billet aura montré le potentiel d'innovation et de rupture qu'elles contiennent et pourquoi il faut vous y intéresser. Pour en discuter ensemble, ne ratez pas chaque mois les #APIConnection.
Et puis pour revenir à Yo, c'est peut être la démonstration d'une règle GreenSI (Règle #15) de l'internet et de l'innovation: la question n'est pas d'avoir l'idée en premier, mais d'être le premier à l'implémenter.
Et IFTTT a l'air d'avoir pris, en un an, une bonne longueur d'avance.

dimanche 3 mai 2015