lundi 30 mai 2016

Et si la DSI innovait pour délivrer ses propres services?

Et si la DSI innovait pour délivrer ses propres services?

Dans " l'Empire DSI stoppé dans son expansion " GreenSI mettait récemment en avant la notion de "syndrome du pupitreur", que l'on retrouve dans les organisations du travail quand on cherche à systématiquement mettre un humain pour la poursuite d'un processus.

C'est vrai que les DSI adorent les "pupitreurs" !
Historiquement, seuls eux avaient accès à la "machine" et à son pupitre, pour venir y saisir des commandes. Ils étaient LE passage obligé pour lancer les calculs, les éditions et les traitements.
Ceux qui sont à la DSI le savent bien, cette organisation a parfois perduré; presque par habitude...

Ce billet est l'occasion de réfléchir sur une opportunité de transformation numérique de la DSI elle-même: supprimer les "pupitreurs" !

Le réflexe du pupitreur, c'est quand on demande à quelqu'un de "valider" des actions pour lesquelles il n'a aucun moyen de vérifier s'il y a une erreur. En fait c'est juste une sécurité artificielle qui ralenti le déroulement du processus. C'est finalement ça la vrai "sécurité". Avec un processus plus lent, on a plus de temps pour réagir et prendre en compte une éventuelle erreur, mais c'est rarement le pupitreur qui la détecte. Si, si, regardez autour de vous il y en a plus qu'on ne le pense au départ.

Le réflexe du pupitreur c'est aussi quand on ne pousse pas l'automatisation jusqu'au bout. Par exemple avec une commande sur internet qui termine par un email dans la boite d'un téléconseiller qui va devoir la re-saisir. Ou encore une demande de badge qui vous oblige à passer dans un bureau pour prendre une photo, alors qu'il suffirait de laisser l'utilisateur joindre une photo et vérifier l'exactitude de la photo à la remise du badge et non lors de la demande.

Dans une économie qui accélère et des ecosystèmes d'informations qui s'interconnectent sur Internet, via leurs API, il est clair que les pupitreurs ne sont plus dans l'air du temps.

L'information doit circuler sans contrainte de l'utilisateur vers le service délivré le plus automatiquement possible. Les processus entièrement automatisés sont devenus la règle, et d'ailleurs ils l'étaient déjà dans l'industrie, dès que les cadences ont dû s'accélérer.



Et puis toutes les évolutions technologiques du moment, I.A., botsvoiture autonome, robots,.. cherchent au contraire à supprimer le maillon humain des processus. Amazon ou Google ayant déjà des datacenters ou des entrepôts entièrement automatisés. Un débat du moment (hors de France) n'est plus de savoir si on automatise avec des robots, mais de se demander si on doit encore laisser la lumière allumée quand il n'y a plus d'humain dans un datacenter !

Un objectif d'automatisation qui déclenche aussi les fantasmes les plus fous, jusqu'au contrôle des hommes par les machines comme dans certains films de science fiction, Matrix étant le plus célèbre.

Mais revenons à la DSI et regardons ses processus. De la demande de matériel, à la supervision des serveurs, en passant par la sécurité des données, est-ce qu'ils sont totalement automatisés? Oui, totalement !

Est-ce qu'un utilisateur peut faire, en ligne, la demande d'une souris ou d'un clavier pour remplacer celui ou celle qui vient de lâcher et aller les chercher immédiatement, ou mieux, les recevoir dans son bureau ? A la clef, sa productivité, donc des coûts pour l'entreprise.

Est-ce que des algorithmes analysent en permanence les données et la performance des applications et des serveurs pour faire des recommandations sur leur exploitation ou sur des accès suspects ? Voir,  mettent en oeuvre eux même les recommandations qu'ils font de façon autonome, un ajout de mémoire sur un serveur par exemple. Avec les machines virtuelles le logiciel peut modifier le matériel. A la clef, la sécurité et la réduction des temps de non disponibilité par une meilleure anticipation.

Et même si la DSI sous-traite l'ensemble de sa production, il restera à superviser la qualité de l'expérience utilisateur, qui va au delà de la supervision technique de chaque composant de la chaîne. Elle doit impliquer des "agents virtuels", pilotés par la DSI, pour simuler les utilisateurs et acquérir des données pour gagner du temps et ne pas attendre que l'utilisateur détecte un problème.

Afficher l'image d'origine

Et puis l'imprévu arrive quand même, et les clauses de pénalités de contrats sont une faible compensation devant un service totalement dégradé pour l'utilisateur. Encore plus si il est externe (clients, partenaires...).

On va trouver certaines de ces fonctions dans des logiciels utilisés par les DSI, autour de l'automatisation du support et l'ITMS. Mais peu se préoccupent de l'automatisation et de la supervision complète des processus en intégrant l'utilisateur et l'innovation autour de l'expérience utilisateur.

N'est-ce donc pas une opportunité pour la DSI, que de chercher les fameux projets bigdata,machine learning ou objets connectés, dans ses propres processus, autour de cette automatisation ? D'y associer ses utilisateurs pour faire de l'amélioration continue comme on le fait dans les usines depuis très longtemps ?

Car s'il y a un endroit dans l'entreprise qui est la plaque tournante des informations et des demandes, c'est bien le SI. C'est pour elle un enjeu d'image, bien sûr, mais aussi d'innovation. Car la période est propice à l'usage de nouvelles technologies pour changer l'expérience des utilisateurs, comme avec le NFC avec les smartphones qui pullulent, la 3D, les objets connectésqui peuvent remonter de l'information en automatique et pourquoi pas la réalité virtuelle.

A la clef de cette automatisation totale, l'amélioration de la qualité de service à l'utilisateur final. Un utilisateur qui deviendra plus actif et participatif, dans sa relation avec les services informatiques, accompagné par les algorithmes et technologies mises en place par la DSI.
Ensuite, forte de cette expérience, la DSI pourrait convaincre les métiers d'automatiser tous les autres processus qui concernent les salariés, qu'elle ne gère pas directement, et qui ne sont pas au coeur du métier: badges d'accès, paiement à la cantine, parking, notes de frais...

Bien sûr l'idée n'est pas de supprimer toutes les interactions humaines, mais de ne garder ou de ne développer que celles qui amènent de la valeur. Le conseil en amont pas exemple, le support et le diagnostic, et même pourquoi pas les situations demandant de l'empathie, ce qui n'est pas le fort des logiciels et des robots.

Mais quelle est l'urgence pour cette automatisation?

Et bien le e-commerce est en train de monter la barre du niveau de qualité des services délivrés. Que ce soit en ligne, dans des magasins de plus en plus liés au site en ligne, voire avec une expérience mixte magasin et en ligne comme le click & collect, l'humain est remis au coeur de la relation, tout le reste est automatisé, et la satisfaction est mesurée en permanence.

La vision de GreenSI est relativement simple, c'est une question de perception par les utilisateurs. Comme un PC d'entreprise est vite devenu "ringard" avec l'évolution du matériel grand public, ou les coûts DSI sont devenus "trop chers" devant ceux du cloud grand public, c'est maintenant le défi du service que la DSI doit relever.

Sinon ses services seront de plus en plus perçus avec une qualité moindre que ce à quoi on s'habitue en dehors de l'entreprise.

Alors si les métiers n'ont pas d'idées pour utiliser les nouvelles technologies et réinventer l'expérience utilisateur dans leurs services aux clients, pourquoi le DSI ne pas prendrait pas les devant et montrerait la voie avec ses clients internes ?

Si demain vous faites la queue devant le support de la DSI, ce ne sera plus parce que le processus n'est pas assez rapide, mais comme devant l'Apple Store, parce que vous voulez être le premier à utiliser un nouveau service !

lundi 16 mai 2016

MOA, lâchez prise sur la maitrise des usages

MOA, lâchez prise sur la maitrise des usages

Urbanisation, architectes, maîtrise d'ouvrage, maîtrise d'œuvre, cahier des charges, réception,... les systèmes d'information se sont largement inspirés du BTP pour définir leurs méthodes et leur vocabulaire, quand ils sont devenus indispensables dans les entreprises. Le billet précédent s'attaquait à l'urbanisation et aux architectes, cette semaine nous allons revisiter la maitrise d'ouvrage à l'ère du numérique et de l'entreprise agile.

Le maître d'ouvrage est l'entité porteuse du besoin, définissant l'objectif du projet, son calendrier et le budget consacré à ce projet. La maîtrise d'ouvrage maîtrise l'idée de base du projet et représente, à ce titre, les utilisateurs finaux à qui l'ouvrage est destiné.

Et c'est bien la fin de la phrase qui pose de plus en plus problème !

Notamment, dans les cas où la maîtrise d'ouvrage ne peut pas représenter les utilisateurs qui ont leur propre "liberté" ou aspirations, ce qui est de plus en plus le cas avec le numérique. Parfois même dans l'entreprise quand elles n'animent pas un réseau d'utilisateurs.

Depuis l'arrivée du numérique, cette définition mélange donc deux choses: l'ouvrage et l'usage.

L'ouvrage c'est ce nouveau site internet que vous voulez lancer, ou cette application de gestion des notes de frais. L'usage, ce sera l'utilisateur qui le définira, se l'appropriera (ou pas) et même le transformera (ou comment "hacker" un ouvrage pour en détourner l'usage). 

Il y a peu de chance que Facebook ou Twitter savaient lors de leur création ce que leur utilisateurs allaient en faire après le lancement.
L'annuaire d'étudiants Facebook est devenu pour l'utilisateur un réseau social, une plateforme pour les joueurs, un moteur de personnalisation de publicité pour les annonceurs... Quand à Twitter, l'application d'envoi de messages courts est devenue un média temps réel, avec photos et vidéos, presque l'inverse de l'idée de frugalité initiale. C'est le temps réel qui a fait mouche et a été détourné dans les usages.

Ce sont bien leurs utilisateurs qui en ont décidé par leurs usages et pas une maitrise d'ouvrage "sachante" et tout puissante. Mais ne le répétez pas trop fort car certains DSI croient encore à la maîtrise d'ouvrage souveraine ;-)
GreenSI est donc convaincu qu'aucune entreprise reposant sur une organisation de maîtrises d'ouvrages n'avait la plus petite chance d'imaginer et de lancer ces deux plateformes digitales qui ont pourtant transformé le monde et que toutes utilisent maintenant.

Pour aborder le numérique et son potentiel, les entreprises ont besoin de chef de projets centrés sur les usages.

Un concept de "maîtrise d'usages" qui est d'ailleurs apparus dans le BTP en 1985 avec la loi MOP (loi relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée), mais l'informatique de l'époque n'avait pas (encore) besoin de cette notion, tant elle pensait pouvoir toujours décider elle même des usages des ouvrages qu'elle produisait.

C'est Tru Dô-Khac, consultant en innovation numérique et management des SI, avec qui GreenSI s'est entretenu pour ce billet, qui a effectué cette recherche historique sur la "maîtrise d'usages". Il travaille auprès des Directions de grandes entreprises pour son introduction dans les nouvelles organisations du digital, et a même élaboré un MOOC sur le sujet.

La maitrise d'usage est une notion qui a été utilisée pour l'aménagement du territoire. Elle permet d'intégrer à la construction des ouvrages, les conseils de quartier, des associations ou des collectifs de riverains...

Elle s'est aussi développée dans les débuts de l'internet pour désigner une famille de métiers comme l'ergonome et le spécialiste de l'accessibilité.
Dans l'entreprise elle s'est développée dans les intranets (des applications souvent multi-MOA entre la DSI, la DirCom et la DRH) quand des groupes d'utilisateurs étaient systématiquement associés pour trancher sur la construction et l'évolution de ses services. On se réfèrera d'ailleurs à Michel Germain le fondateur du cabinet Arctus pour sa vision, dès 2009, sur les liens entre conduite des changements et maîtrise d'usages.


Dans le numérique, avec l'intranet, l'extranet puis l'internet, la maîtrise d'usage, se traduit donc par l'organisation des travaux de design et d'accessibilité, bien en amont de la spécification de l'ouvrage et de la planification de sa construction.

Elle est devenue nécessaire :
  • à cause de la complexité, pour ne pas dire l'impossibilité, de conduire les changements une fois l'ouvrage terminé, quand il s'agit de sites internet ou de services numériques,
  • quand l'entreprise a la volonté de laisser les futurs utilisateurs développer eux-même leurs nouveaux usages.
La maîtrise d'usages prend donc toute sa place dans l'entreprise pour le design des nouveaux services, des nouveaux business modèles et des applications qui en découlent.

Ce nom de "maitrise d'usages" n'a pas encore percé dans l'entreprise, pourtant elle est bien déjà là, sous diverses formes: "design thinking", "open innovation", "hackathons", "living labs", "co-construction", "maquettage, prototypage", "fab lab"... en impliquant à chaque fois de futurs utilisateurs très en amont des projets. En cherchant à influencer le futur design.

Les démarches agiles sont très adaptées au développement de la maîtrise d'usages.

L'avance de la Direction Marketing dans le digital, quand elle s'est investit très en amont pour la compréhension des besoins des clients, est clairement à mettre au compte de cette maîtrise d'usages que d'autres Directions de l'entreprise maîtrisent moins.

La question qui se pose maintenant à la gouvernance des systèmes d'information, c'est comment l'organiser ?

Ne doit-on pas identifier, pour tout projet, une maîtrise d'usages, comme on a une maîtrise d'ouvrage ?

Et quand elle n'existe pas, la première étape ne serait-elle pas de la créer pour avoir une entité qui représente vraiment les futurs utilisateurs, avant d'investir, dans des applications ou services numériques, qui leur sont destinés ?

Il faut aussi séparer maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'usages, pour éviter les conflits d'intérêts entre le projet et les usages. Les usages sont seuls la véritable finalité du projet. Un projet livré non utilisé ne sert à rien !
Et pourtant les entreprises continuent de produire des sites internet ou des applications mobiles qui ne sont plus utilisées, une fois le lancement terminé, et parfois même avec des applications en interne de l'entreprise.

C'est là que nous devons repenser à Socrate et à son célèbre "Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien", le fondement de la maïeutique socratique. Donc Socrate interroge, questionne ses concitoyens pour leur faire prendre conscience de leur ignorance, et cherche la vérité de cette façon. 

Tel Socrate, la maîtrise d'usages doit questionner sans cesse les utilisateurs, car elle sait qu'elle ne sait rien.

Parfois, la Maîtrise d'Ouvrage, elle, croit encore savoir et organise tranquillement son projet. La DSI la suit selon les bonnes règles de gouvernance. Qui aura le courage d'aller leur dire ?

lundi 9 mai 2016

Urbaniser le SI dans un monde qui bouge et qui innove

Urbaniser le SI dans un monde qui bouge et qui innove

Rome ne s'est pas faite en un jour, selon l'adage (Roma non uno die aedificata est), et votre SI non plus d'ailleurs !

Sous les applications neuves, dont vous êtes fiers, se cachent certainement les couches de services ou d'applications héritées du passé. Faut-il tout raser pour autant ? Certainement pas, car c'est dans la persévérance et la vision que l'on réalise les plus grandes œuvres, surtout si on y laisse une part au hasard et à l'innovation.

C'est bien d'urbanisation du SI dont  GreenSI veut vous parler.

Urbanisation. Un terme emprunté par les informaticiens aux architectes de la ville pour décrire le SI en quartiers, zones et ilots, et préparer son évolution harmonieuse et coordonnée.

Un art "noble" que les architectes d'entreprises essayent de pratiquer avec chaque nouveau projet qui se présente à leur porte, pour que ces projets s'inscrivent dans l'existant et permettent aussi de préparer le futur du système d'information de l'entreprise.

Des architectes qui parfois n'ont qu'un seul regret, celui ne pas avoir vécu au temps du Baron Haussmann préfet du département de la Seine (devenu l'Ile de France), quand de façon autoritaire il a dirigé la rénovation de Paris sous le Second Empire (1854-58) et s'est imposé comme une des figures de l'urbanisme moderne.

C'est en perçant les grandes avenues de la capitale, et notamment les Champs Elysées, que Paris est devenue une ville plus étalée, avec une meilleure circulation de l'air (question d'hygiène à l'époque) qui pouvait développer des transports en commun... et y faire envoyer la garde à cheval réprimer les éventuelles manifestations du peuple.

Une image qui reste encore un idéal dans la tête de beaucoup d'architectes du SI, que l'on retrouve régulièrement formalisée dans leurs "Powerpoint". Tout y est harmonieusement connecté.

Mais attention, l'urbanisation n'est pas neutre. Ces rénovations ont entraîné à Paris, quelques années plus tard, la hausse des loyers, l'émergence des zones de "beaux quartiers" et le déplacement des populations plus modestes vers l'Est. Les nouveaux arrivants ne pouvant plus prétendre aux prix du centre rénové.


Une question à méditer aussi à la DSI quand on impose a une nouvelle application des contraintes de sécurité, de raccordement aux référentiels, ... qu'elle ne peut tout simplement pas se payer parfois avec les budgets qui lui ont été alloués. Ou pour le dire différemment, qui démontre à chaque projet qu'on sait raccorder une nouvelle application au SI (en lui consacrant une bonne partie du budget), au lieu de se concentrer sur l'essentiel (par essence): démontrer l'intérêt de la fonctionnalité pour les utilisateurs et la meilleure façon de la réaliser pour leur adhésion.

Ne devrait-on pas avoir une "zone/quartier de création d'applications" ? Une zone ou ne préjuge pas à l'avance des besoins futurs que l'on ne connait pas. Car l'urbanisation sait prévoir des zones à développer, mais elle trop vite les organiser en fonction de données ou de risques futurs. 


Avoir un "incubateur" comme diraient ceux engagés dans l'innovation, pour faire ses preuves et tester son modèle, avant de tout de suite devoir être totalement aligné avec les lignes de construction de l'ensemble du SI et en adopter le modèle de couts des services mutualisés qu'il sous-tend ? C'est, pour GreenSI, ce manque qui explique en partie que certains projets soient réalisés en dehors de la DSI (l'autre explication étant la recherche de la pluridisciplinarité des équipes et les démarches agiles ou de design trouvées à l'extérieur ).

Et puis Rome ne s'est pas faite en un jour.

L'idée souvent véhiculée dans les divers comités techniques, c'est qu'une fois le prochain projet d'architecture structurant posé tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes. C'est certainement un idéal enviable, ou une bouée de sauvetage intellectuelle, pour ceux qui comme le Baron Haussmann aspirent à une "hygiène du SI" avec une place pour chaque chose et toutes les choses à leur place.

Mais les grands projets sans valeur directe pour le client ont de plus en plus de mal à trouver un financement de la DG. Ils sont lents à partir et n'avance pas toujours très vite.

Or la réalité de l'entreprise et de son environnement est tout autre. Fusions, acquisitions, nouveaux services, cycles technologiques plus courts,... les raisons ne manquent pas pour générer de l'hétérogénéité permanente dans l'entreprise.

Enfin, toutes les décisions ne sont plus prises par l'entreprise seule, notamment dans les nouveaux ecosystèmes digitaux. Il manque donc certainement beaucoup de monde à la table des comités techniques pour que les décisions prises soient pérennes.

Hétérogénéité structurelle, temps ressource critique, ecosystèmes complexes, le foisonnement existera donc toujours dans le SI, quoi que la gouvernance en pense... ou en rêve !

Par exemple pour faire évoluer les business modèles avant de mieux structurer et industrialiser les services numériques qui finalement auront démontré leur pérennité. Tout n'a pas besoin, tout de suite, d'être raccordé au gaz, à l'eau, aux ordures ménagères et à l'électricité !
Et puis en 2016 c'est toute l'entreprise qui devient agile. Pas uniquement les projets pour les clients qui mettent en place des sites internet.

Toutes les Directions porteront progressivement ces nouveaux projets de services disruptifs, à tester avant industrialisation. Que ce soit dans les RH avec des services personnalisés aux employés, aux achats avec les fournisseurs et pourquoi pas de nouvelles applications mobiles pour les actionnaires ou les associations influentes.

La question posée par GreenSI est donc finalement toute simple : l'urbanisation est t-elle compatible avec l'agilité ?



Doit-on privilégier les grands plans ou les constructions itératives ?
L'urbanisation est-elle du côte du problème ou du côté de la solution ?

Une question importante à l'ère de la transformation digitale où la contrainte d'évolution du SI est forte. Même quand cette transformation n'est pas pilotée par la DSI mais par un CDO - Chief Digital Officer - rattaché à la DG.

C'est pourtant une question paradoxale. Car pour GreenSI, l'urbanisation est justement ce qui permet au SI de devenir agile. Le stade ultime, après les applications et les données, étant l'urbanisation des APIs souvent discutées dans ce blog, qui permet par exemple à Facebook de croître vite en fonctionnalités et d'animer une communauté de développeurs à l'échelle mondiale.

Et à l'inverse il y a peu d'agilité sans urbanisation avec des progiciels monoblocs interfacés par exemple. 


C'est donc plus la démarche d'urbanisation qui est en question aujourd'hui, que l'urbanisation elle même, dans un monde économique où les cycles se raccourcissent et où l'innovation est une exigence. L' "Haussemanisation" ne sera plus tolérée, que ponctuellement, quand l'entreprise sera au pied du mur... ou du dépôt de bilan.

Les architectes vont devoir imaginer un modèle où l'urbanisation est à la fois une force et un accélérateur, qui saura prendre en compte le cycle de développement des applications, et non pas uniquement un ensemble de règles figées dans le temps et pour tout le monde.

Il est donc temps de quitter le Paris du XIXe et la Rome antique de la vieille Europe, qui ont oublié depuis longtemps l'hyper-croissance, pour se tourner vers des villes plus "vivantes" en terme d'évolution, comme celles de l'Amérique du Sud.


Des villes qui savent gérer une croissance très forte, souvent suite à un exode rural massif des populations, comme Sao Paulo au Brésil par exemple.

Des villes où les nouvelles populations qui arrivent ne sont pas aussi riches que celles qui sont déjà installées, pour ne pas dire sont pauvres, ce qui peut choquer, mais finalement reflète la réalité des applications du SI. On met parfois beaucoup plus d'argent dans l'entretien de systèmes anciens que dans le lancement de nouveaux systèmes. Les riches ce sont les applications bien installées qui vivent du confort des mises à jour règlementaires. Gardez-le en tête !

Et si les architectes SI intégraient le "bidonville" ou la "favelas" comme une forme naturelle d'évolution du SI ? Car si on met de côté le modèle social et la connotation négative des termes, ils reflètent une capacité d'évolution nouvelle de la ville.


Et par là même reconnaître que l'accès à l'ensemble des services n'est pas atteignable, en délais ou en coût, par toutes les initiatives du SI. Car c'est bien ce qui permet à ces mégapoles de se développer rapidement, beaucoup moins les plans des urbanistes. Ces derniers arrivent ensuite quand il faut rationaliser ou légaliser les choses :
  • Le bidonville est une forme de production de logements populaires, dont le raccordement à la ville se fait à moindre cout. Tout le monde n'a pas au départ accès à l'ensemble des services de la ville. Mais surtout la prise de décision et la construction est fortement décentralisée, avec des matériaux légers, et permet une vitesse de développement rapide.
  • L'alternative au bidonville étant l’autoconstruction périphérique avec des artisans embauchés en dehors des circuits marchands formels. C'est rarement très légal en terme de construction et de propriété, mais régulièrement des campagnes enregistrent officiellement ces nouvelles habitations. C'est ce qui se passe dans l'entreprise quand les agences marketing, par exemple, construisent des applications sans passer par la DSI ou quand une direction métier met en place ses propres applications en SaaS. 
Les plans d'urbanismes SI pourraient donc poser ces nouveaux quartiers dans les cartes du SI et leur donner une existence "légale", leur laisser le temps de se développer avant de vouloir les organiser, plutôt que de vouloir tout de suite les éradiquer (en leur imposant des règles qu'ils ne peuvent supporter) ou tout simplement de les ignorer (et de déjà préparer leur remplacement).

Ces nouveaux quartiers portent certainement les germes de nombreuses "non conformités intellectuelles" dans les méthodes et dans la planification. Mais ils sont aussi la source de nouvelles innovations, de la vitesse d'adaptation et de l'agilité qui pourra peut être ensuite renouveler tout le SI, au moins les zones qui leur sont limitrophes avec qui ils échangent.

L'architecture du SI doit donc être une démarche bienveillante, transverse à l'entreprise, dont la mission déborde largement de le périmètre de la DSI quand une transformation numérique engagée.

lundi 2 mai 2016

Economie collaborative: casse-tête pour l'Etat, chance pour nos Régions

Economie collaborative: casse-tête pour l'Etat, chance pour nos Régions

L’économie collaborative est une économie entre personnes, avec la plateforme numérique comme intermédiaire. Un modèle "peer-to-peer", rendu possible par la baisse drastique du cout de mise en relation entre particuliers, offert par l'internet depuis son origine. Il y a dix ans avec des échanges de fichiers sur PC, légaux ou non, elle est devenue échange de biens et de services depuis un mobile et demain depuis d'autres objets connectés.

L’économie collaborative a été très médiatisée dans les transports (VTC), mais elle se développe dans tous les secteurs, et devrait rompre avec le nom d' "Ubérisation".  Du Logement, sous de multiples formes (location entre particuliers, de bureaux, co-location, échanges, achats participatifs...) à l'Alimentation (AMAP, plats cuisinés pour les voisins,...) en passant par les Services (entraide entre particuliers, courses, bricolage, dépannage, soutien scolaire, ...) et même la Finance, un domaine pourtant très régulé.


La cartographie de Crowd Companies est la plus complète dans le domaine.
GreenSI aime bien sa version illustrée par Bruno Paradis reprise dans ce billet. Elle y référence déjà 17 domaines et des centaines de startups. La forme de ruche n'est bien sûr pas un hasard. Outre l'image de cet insecte ouvrier producteur, menacé par le monde industriel, elle permet de rajouter simplement de nouvelles alvéoles...

Et dans chaque domaine les chiffres montrent une réelle adoption par les particuliers. Des observatoires de l'économie collaborative ou de l'Ubérisation se montent un peu partout.

Comment expliquer ce succès ?

Le numérique rend possibles ces nouveaux modèles, certes. Mais la crise n'y est pas pour rien quand les particuliers cherchent a dégager des revenus complémentaires de biens sous-utilisés ou de compétences non exploitées (cuisine, langues, bricolage...). Quitte a parfois franchir la ligne de l'occasionnel et en faire une nouvelle activité...

Et puis la transition écologique nous martèle l'idée d'une meilleure utilisation des ressources comme la seule option pour la planète. C'est le cœur de certains de ces modèles collaboratifs par rapport au modèle industriel. Après tout quand la plateforme cherche a optimiser, elle peut le faire selon tous les critères possibles, dans la mesure où cela s'inscrit dans le business modèle. 

L'économie collaborative est donc inscrite dans les tendances de fond d'évolution de la société: numérique, évolution du modèle économique et social, transition écologique.

Mais comme Napster en son temps (mort en 2011) avec le partage de fichiers mp3 en "peer to peer" contre les majors de la musique, cette nouvelle économie fait trembler l'économie traditionnelle qui repose sur une autre façon d'organiser la richesse avec des producteurs, des réseaux de distribution et des consommateurs bien séparés et bien régulés. 

Mais surtout parce que les Etats assurent leur financement par les taxes et les impôts prélevés sur cette organisation de l'économie, que l'économie collaborative se propose de rendre obsolète.
Donc bien avant de se poser la question de savoir si l'économie collaborative pouvait, dans certains domaines, être un modèle de société, ou une forme d'efficacité des services (énergétique, sociale,...) via des plateformes numériques, les Etats s'intéresse à sa taxation pour faire d'une pierre deux coups: la freiner dans son développement et assurer des revenus futurs si elle se développe.

Question certainement légitime quand les services sont marchands avec échanges monétaires, mais déjà plus discutable quand il n'y pas d'échange monétaire (dons, troc, volontariat, ...).

Il n'est donc pas surprenant que, profitant de la loi sur l'économie numérique adoptée à l'Assemblée en janvier et en cours de lecture au Sénat, les sénateurs adoptent ce vendredi 29 avril deux amendements "anti économie collaborative", modifiant le code du tourisme pour les locations de biens, en cherchant a complexifier les procédures pour louer sa propriété (enregistrement auprès des communes, déclarations,...).

Les communes auront donc la faculté (ou pas) de mettre en place une procédure d'enregistrement du loueur et de s'assurer que le loueur de meublé est en droit de le faire. Ce numéro d'enregistrement qui sera délivré devra être demandé par la plateforme, avant mise en ligne de l'annonce et figurer dans celle-ci (voir l'amendement: site du Senat.

Une belle usine à gaz administrative dont notre service public à le secret et surtout jusqu'à présent le financement par les contribuables. Mais le véritable objectif est bien sûr de créer un fichier des loueurs occasionnels pour préparer la déclaration automatique des revenus de location des particuliers.



Il sera intéressant de voir la réaction (de contournement) des plateformes de location dans les prochains mois.

On se souvient tous des frais de port à 1 centime d'Amazon quand la gratuité avait été votée au détour d'une loi cavalier législatif. Une décision qui a stimulé l'adoption d'Amazon Premium pour bénéficier de frais de livraisons forfaités annuellement (adhésion) et accéléré les commandes sur Amazon (les membres Premium achètent beaucoup plus). Peut-être l'effet inverse de l'objectif initial de protection du libraire du coin...

Le talon d'Achille du législatif c'est qu'il est lent, avec des cycles de plusieurs années en l'idée, le vote et la mise en oeuvre. En face une économie agile qui augmente le nombre de domaine couverts à grande vitesse, et surtout qui s'appuie sur les citoyens, ceux qui, dans les démocraties, finissent un jour par choisir et élire les législateurs...

Il y a donc peu de doute sur le gagnant final dans 10 ans. Car au delà des tactiques législatives ou fiscales et des projecteurs sur les grandes plateformes d'échanges, c'est bien d'une transformation de la société qu'il s'agit.

Un nombre de plus en plus important de gens veulent consommer mieux, moins ou différemment. D'autres ne souhaitent plus posséder les biens, et se préoccupent de leur cycle de vie complet.

Une nouvelle écologie (la science qui étudie les milieux et les conditions d'existence des êtres vivants et les rapports qui s'établissent entre eux et leur environnement), se développe pour étudier l'économie de l'usagede la fonctionnalité, de la performance et même l'écologie industrielle (les déchets d'une industrie sont recyclés en matière première d'une autre industrie).

Une telle économie fonctionne en boucle. C'est une économie circulaire où la notion de déchet disparait au profit de la notion de ressources. Ses tableaux de bords et ses modèles économiques suivent la limitation de la consommation et du gaspillage des matières premières et des sources d'énergies non renouvelables.

La solution est au niveau local 

Elle est souvent locale, car c'est un niveau d'optimisation négligé par les modèles industriels très centralisés des cents dernières années.

Et si l’économie collaborative actuelle n'était que l'embryon d'une économie circulaire en développement dans nos Régions ? dans nos Villes ? dans nos quartiers voire résidences ?

C'est l'idée que Sharing Lille a débattu ce 21 avril pour développer l'économie collaborative au coeur des villes. Une proposition que l'on retrouve aussi dans le rapport du député de l'Ardèche Pascal Terrasse sur l’économie collaborative publié en début d'année :  «En lien étroit avec les collectivités territoriales, les pouvoirs publics pourraient soutenir, dans le cadre d’appels à projets, des expérimentations innovantes d’économie collaborative sur les territoires.»

Replacer l'énergie du citoyen et l’innovation au cœur de la vie publique locale, dans une région en transition économique (fin des industries précédentes à la recherche de nouvelles industries) avec un fort taux de chômage, est certainement une idée forte et mobilisatrice. 

L'économie collaborative d'aujourd'hui est donc un révélateur intéressant :
  • de l'antagonisme entre la vision nationale qui vote une loi conservatrice, quand la même semaine, la vision locale de nos Régions aborde avec pragmatisme l'évolution de la société et de l'économie locale qu'elle peut développer
  • du lien fort entre la transformation numérique et la transition écologique, si on sait en orienter les objectifs non pas vers la maximisation des revenus de la plateforme, mais vers l'efficacité écologique dans une économie circulaire. Finalement le nom GreenSI pour ce blog qui associe "Green" et "Système d'Information" était un nom prémonitoire ;-)
Pour GreenSI ces deux idées sont essentielles. Il faudrait toujours les garder en tête pour décoder le débat que l'économie collaborative suscite. Débat normal dans un processus de transformation dont le résultat est encore en devenir.