jeudi 13 avril 2017

L'État plateforme (numérique) se met en place

Cette semaine, GreenSI explore les enjeux de l'ouverture par l'État de la plateforme nationale des données de référence.




C'est donc avec 9 jeux de données que le nouveau portail du service public de la donnée porté par Etalab a ouvert sur data.gouv. C'est la réalisation de la mission chargée de la politique Open Data de l’administration intégrée à la DSI de l’État (la DINSIC). Cette ouverture s'inscrit dans le cadre de la nouvelle dynamique de l'open data en France (et de la loi République Numérique) qui faisait l'objet du dernier billet de GreenSI.


Avec un oeil initié aux SI cette ouverture ressemble furieusement à un... MDM !

Le MDM est le fameux Master Data Management, au sein du système d'information, sur lequel toutes les autres applications peuvent s'appuyer pour projeter leurs propres données. L'enjeu d"une démarche MDM est de réduire les coût de maintenance par rapport à une gestion des référentiels dans une multitude d’applications distinctes et bien sûr aussi de réduire le risque d'incohérence et de multiplicité de définitions et de versions.
L'approche MDM se résume souvent par la phrase souvent entendue: "n'avoir qu'une seule version de la vérité".

Ce qui est intéressant dans le cas présent c'est qu'Etalab arrive à mettre en place une approche de type MDM pour organiser l'extérieur du SI (open data) alors que dans les entreprises l'approche sert d'abord pour gérer la cohérence en interne. La réduction des coûts et de l'incohérence portera donc ses fruits en externe chez ceux qui réutilisent ces données de référence. On peut cependant imaginer que les SI des ministères et des agences au sein de l'État vont aussi s'en emparer si elles utilisent aussi ces données.
D'autre part il est amusant (ou pas) de noter que ce qui relève du simple bon sens dans une architecture SI, voire d'un peu de gouvernance des données entre acteurs, conduit au niveau de l'État à définir par la Loi le côté "souverain" de ces données. Il s'agit certainement d'une autre exception bien française dans le monde de l'open data découvert par les anglo-saxons il y a plus de 15 ans.
Avec ce portail de données de référence, c'est donc une vision très architecturale de l'open data qui concrétise le concept d'État Plateforme numérique, et qui se met progressivement en place. On a une plateforme qui permet à tous d'interagir avec les services numériques de l'État et maintenant avec les données de référence gérées par l'État.

Ces neuf bases de données de référence sont des données qui sont utilisées au-delà des SI de l'État et du service public. Par exemple, la base adresse permet de géo-référencer toute adresse, donc de la positionner sur une carte, un besoin que l'on retrouve dans tous les secteurs et qui est essentiel depuis longtemps pour tous les acteurs de ville par exemple. Quand on regarde les statistiques d'utilisation des données sur data.gouv, la base Sirene ou des associations, maintenant devenues des données de référence, figurent dans les jeux de données les plus consultés.


Avec ce type de plateforme, on va certainement voir émerger de nouvelles organisations pour gérer le cycle de vie de la donnée au sein d'un écosystème et d'en répartir les responsabilités entre les différents acteurs :
  • Les producteurs produisent la donnée de référence et documentent les métadonnées. Ce sont eux qui doivent prendre des engagements pour leur mise à jour, instruire les retours des utilisateurs : par exemple, l'INSEE pour les données Sirene des entreprises.
  • Les diffuseurs mettent à disposition les données avec un haut niveau de qualité et s’engagent sur la performance et la disponibilité. Etalab dans le cadre du portail open data national, mais de multiples diffuseurs existent aussi en région avec des portails locaux.
    Un rôle en rupture avec les approches plus centralisatrice habituelles et où le "réseau" (producteurs et reutilisateurs) doit s'animer via la valeur d'usage des données.
  • Enfin les utilisateurs ou réutilisateurs qui (ré)utilisent ces données de référence pour produire de nouveaux services et créer de la valeur économique et sociale. Avec leurs retours, ils participent à la montée en qualité des données (signalement des erreurs, propositions d’amélioration).
Ces bases permettent donc d'avoir une source de référence, que l'on espère pérenne et rapidement mise à jour par les administrations concernées. Cependant, à ce jour, toutes ces bases n'offrent pas encore d'API pour une utilisation simplifiée. Mais ce n'est pas le plus compliqué une fois que l'on a des données de qualité.



L'été dernier, Etalab avait déjà ouvert quatorze API, comme celle qui permet de rechercher et consulter les annonces de Marchés Publics (BOAMP) directement depuis une autre application ; ou comme le dispositif France Connect, qui permet aux internautes de s’identifier sur un service en ligne par l’intermédiaire d’un compte déjà existant (celui des impots.gouv.fr, ameli.fr…). Dans ce dernier cas, la plateforme Etalab assure un niveau de sécurité supplémentaire puisque c'est elle qui fait le lien avec les fournisseur d’identité et non l'application appelante.

La convergence du sujet open data avec celui des API est une évidence pour GreenSI depuis plusieurs années, il se concrétise au niveau national, entre autres, avec ces nouveaux portails.


Cependant, le chemin sera certainement long pour passer des 14 API plus 9 données de référence actuelles, aux centaines d'API que l'on peut estimer si on considère la place de l'État et de l'Administration dans tous domaines de l'économie française (et donc de facto des données qui s'échangent en amont ou en aval). Il faudra donc des compétences techniques nouvelles au niveau d'Etalab et de la DINSIC mais aussi dans chaque direction SI de chaque Ministère pour produire ces données directement depuis les SI, et exploiter le potentiel de cette architecture, sans s'arrêter au sujet réglementaire imposé par la Loi.

GreenSI fait le lien entre ces SI de l'État plus interconnectés et s'ouvrant sur un écosystème, un État qui doit s'adapter pour exploiter le numérique et ne pas se laisser distancer par une société qui s'en est emparé à tous les niveaux, et la gouvernance interministérielle qui se met en place en matière de filière RH des ingénieurs des systèmes d'information et de communication (ISIC) et qui a fait l'objet d'une circulaire le mois dernier.
À la clef, l'amélioration de l'attractivité de la filière des métiers du numérique au sein de l'État, la fluidification des parcours professionnels et bien sûr l'harmonisation des pratiques (notamment salariales) entre les ministères. Traduisez : ne nous piquons pas les talents entre nous ;-)



Car en terme d'attractivité 
des candidats externes talents du numérique l'État a encore du chemin à faire. On s'en rend compte quand on consulte l'annonce de l'ouverture de plusieurs postes de développeurs en CDD de 3 ans (sic!) pour rejoindre l’incubateur de l'État, et travailler sur les projets numériques qui doivent transformer les services de l'État (sinon, à quoi bon avoir un incubateur).

Ce cadre RH contraint empêche clairement de rivaliser avec les offres de startups qui embauchent immédiatement en CDI après une période d'essai de 3-6 mois et offrent en bonus des actions de la startup. Sans compter sur les entreprises qui se battent aussi pour avoir les meilleurs profils. Et c'est sans anticiper la pénurie de bons développeurs annoncée qui va s'accentuer sur Paris quand l'incubateur "Station F" aux mille startups sera totalement déployé dans le sud est parisien et aura aspiré tous les jeunes des prochaines promotions de la 42, Epitech, Epita et autres écoles du numériques environnantes.

En synthèse, l'ouverture des données est donc un formidable levier de transformation qui oblige à se poser les bonnes questions comme celle de l'architecture, des API, de l'urbanisation du SI, des rôles et responsabilités des acteurs et même de l'attractivité qu'il faut pour conserver les talents qui sauront tirer parti de ces plateformes.

Des sujets auxquels la filière SI de l'État s'attaque et que l'on retrouve également dans les DSI des entreprises privées où, à quelques exceptions, le cadre de la Loi République ne s'applique pas. Finalement l'architecture des SI n'a pas de frontière pour la circulation et la valorisation des données.

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