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mardi 21 février 2017

L'intelligence artificielle pourrait grandir sans contrôle, sur les gisements de données

L'intelligence artificielle pourrait grandir sans contrôle, sur les gisements de données

Cette semaine l'actualité de Facebook, Google, du Parlement Européen et de l'Assemblée Nationale, nous donne l'opportunité de poursuivre la réflexion sur l'intelligence artificielle qui avait été lancée le mois dernier (Engageons la réflexion sur l'intelligence artificielle).

L'IA n'est pas une technologie neutre. Comme le traitait le dernier billet sur la blockchain, l'IA est une technologie de transformation qui remet en question l'architecture même des systèmes d'information et, on va le voir, aussi de l'économie du travail et de la société.

Mais contrairement à la blockchain qui promet de faire émerger des écosystèmes très décentralisés, reposant sur la confiance, sur une lisibilité totale des registres partagés et une certification des transactions, l'IA nous promet au contraire une extrême centralisation sur des plateformes, et un manque total de transparence sur les décisions ou les algorithmes. Alors sans surprise, avant même d'être opérationnels à grande échelle, les systèmes à base d'IA n'inspirent pas confiance et font déjà couler beaucoup d'encre. En tout cas assez pour que GreenSI se penche à nouveau dessus.

Une Intelligence Artificielle bienveillante ? 

Commençons par Mark Zuckerberg, qui cette semaine attire toutes les attentions en signant un billet Facebook "Building Global Community" pour rassembler sa communauté mondiale et aller plus loin dans une communauté qui partagerait encore plus de valeurs.
Pour lui, Facebook peut aider à créer des communautés plus sûres, mieux informées, plus engagées et inclusives, pour répondre au déclin de certaines institutions traditionnelles en perte de vitesse. Un message très politique, au sens premier du terme - l'organisation de la Cité (numérique) - et peut être même le premier message politique envoyé à 2 milliards d'individus utilisant une plateforme numérique (en supposant qu'ils parlent tous anglais...). La photo utilisée ne le met pas sur la tribune (mais on le devine) et les symboles affichés sur l'écran représentant les 5 objectifs que tous regardent, sont largement repris partout dans son billet.


Ce qui a retenu l'attention de GreenSI n'est pas la teneur politique de ce message mais plutôt le sujet sous-jacent de l'intelligence artificielle positionnée pour atteindre au moins un des objectifs, celui de la sécurité des communautés.
Pour Mark Zuckerberg, l'IA est une formidable opportunité pour comprendre ce qui se passe en permanence dans la communauté et en améliorer la sécurité, par exemple en analysant automatiquement les images publiées, et aider à la modération. L'enjeu sécuritaire pour Facebook est de stopper rapidement la diffusion de fausses informations, de photos choquantes ou de promotion du terrorisme par exemple, mais aussi de gérer de façon individuelle la sensibilité des utilisateurs sans avoir à censurer totalement le contenu qui peut les choquer individuellement. 

L'intelligence artificielle, dans laquelle Facebook investit massivement, est donc vue comme un filtre bienveillant au cœur de ses algorithmes de sélection, et en dernier recours une police "au-dessus" du réseau, toujours en alerte pour détecter les infractions aux règles établies. Ensuite l'IA passe la main à l'équipe de modération, qui en "tribunal des publications" fait appliquer les règles et peut décider de supprimer un post ou bloquer un utilisateur. 

Mark Zuckerberg fait bien attention à ne pas positionner l'IA comme agissant directement, mais aidant les humains à prendre des décisions.

Une Intelligence Artificielle militarisée ? 

Google s'est lui exprimé cette semaine à la conférence sur la sécurité RSA 2017 (couverte par ZDNet US), via Eric Schmidt le Directeur Exécutif de sa maison mère Alphabet. Pour lui, la recherche en IA ne doit pas être faite dans les laboratoires militaires, ni dans des laboratoires d'entreprises fermés, mais dans des laboratoires ouverts ("open labs").

On en déduit que, pour Eric Schmidt, Facebook ne devrait donc pas se contenter de réfléchir seul à comment faire le bien de sa communauté avec de l'IA, mais devrait aussi publier son code en open source pour favoriser cette ouverture. C'est ce que Google a fait avec TensorFlow, une librairie open source pour l'apprentissage des IA disponible pour tous. 


Mais cette vision pacifique des progrès de l'IA a peu de chance de se produire. Elle pose même la question de la réelle sincérité d'un Eric Schmidt dont l'ouvrage "How Google Works" il y a quelques années, ne faisait aucun doute sur son influence auprès des dirigeants de la planète, dont les militaires US qu'il conseille. 

À l'Assemblée Nationale, le colloque "Intelligence artificielle : des libertés individuelles à la sécurité nationale" qui a eu lieu mardi dernier et où Jean-yves Le Drian s'est déplacé en personne nous amène une toute autre perspective. Pour le Ministre de la Défense, l'enjeu est celui d'une troisième rupture technologique, après la dissuasion nucléaire et l’explosion du numérique, pour garantir la supériorité et la sécurité.

C'est une vision de l'IA au coeur des combats de demain qui opérera des drones et des robots, avec des capteurs ou des véhicules capables de traiter localement l’information, capable d’élaborer une stratégique de protection ou de riposte. Outre l'enjeu géostratégique, la France étant un fournisseur mondial de systèmes d'armes, elle ne devra pas non plus rater cette révolution pour maintenir la compétitivité à l'export de son arsenal. On rejoint ici les enjeux de toutes les entreprises pour s'adapter à un mode digital.

Une Intelligence Artificielle toujours débranchable ? 

Comme le faisait remarquer sur les réseaux sociaux Hubert Tournier, ex-DOSI du Groupement des Mousquetaires, cette idée de transparence du code des IA est vraiment dans l'air du temps. Hubert Tournier la juge cependant très insuffisante car ne regarder que l'algorithme quand on utilise le Machine Learning, c'est oublier de prendre en compte les limites de la compréhension des modélisateurs, la qualité des données injectées, le processus d'apprentissage initial et l'interaction avec le monde réel. La différence entre l'inné et l'acquis !

La capacité à "nourrir" l'IA avec des données, à l'éduquer, est aussi importante que la construction initiale. L'exemple de Tay, l'IA de Microsoft détournée par des internautes l'année dernière, qui est devenue raciste par apprentissage sur les réseaux dès son lancement, doit nous y faire réfléchir. Les éducateurs ont donc une co-responsabilité sur le résultat produit par l'IA.


Il va donc être difficile de réguler uniquement avec du préventif, mis en oeuvre avant la mise en service opérationnelle puisque elle peut être détournée. On aura donc aussi affaire à de la régulation par "débranchement" après coup. C'est ce scénario dont se sert régulièrement Hollywood : une IA forte qui saura se répliquer de façon autonome et empêcher ainsi son débranchement. Une telle technologie n'est bien sûr pas encore à l'horizon et relève pour l'instant du fantasme.

La bonne question est donc celle de la régulation, avant et après sa mise en service, celle de l'inné et celle de l'acquis.

Une IA au coeur des gisements de données ?

Le Sénat (plus précisément l'OPECST - Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques) s'est lui posé la question de l'intelligence artificielle il y a un mois avec quatre tables rondes ouvertes à la presse le 19 janvier, la veille de l'annonce du plan "France IA" dont GreenSI a déjà parlé dans son billet précédent sur l'IA. Les thèmes couvraient le périmètre de l'IA, la stratégie de recherche, les enjeux éthique, juridiques et sociétaux.

Cette dernière table ronde avait invité Laurent Alexandre, spécialiste des sciences du vivant et des bio technologies, président de DNA Vision, mais aussi créateur du site Doctissimo. Ce visionnaire de l'évolution du travail dans une monde technologique, met en avant deux points très pertinents:
  • l'avantage compétitif de l'intelligence artificielle par rapport à l'intelligence biologique. Une fois mise en place, elle opère à coût quasi nul par rapport aux humains payés pour produire les mêmes réflexions et prises de décision. C'est l'avantage des plateformes, par rapport aux robots, domaine où le politique comprend mieux comment taxer des unités d'oeuvre. L'annonce de la fintech italienne Euklid d'offrir les services d'une banque traditionnelle entièrement gérée par une intelligence artificielle s'inscrit dans ce domaine. En France, le Compte Nickel qui est plus une plateforme technologique qu'une banque doit certainement aussi y penser pour les années qui arrivent...

  • l'intelligence se créée là où il y a beaucoup de données car un mauvais algorithme avec beaucoup de données est supérieur à un bon algorithme avec peu de données. C'est là que l'on peut détourner les mauvais algorithmes en apprenant à l'IA d'autres résultats une fois qu'elle est mise en service comme dans le cas de Tay.
Cette position à le mérite de poser le véritable coeur du débat à venir sur l'IA. L'IA va remplacer le travail de ceux qui seront concurrencés par sa mise en œuvre, à priori là où il y a beaucoup de données à traiter, et elle va valoriser celui de ceux dont le travail lui sera complémentaire.

Le lien entre data et IA a été fait depuis longtemps par les acteurs du numérique. Dans le B2B, la division Watson d'IBM créée pour le traitement intelligent des données, est aujourd'hui devenue IBM Watson IoT, celle qui traite aussi des données capturées par l'IoT qui vont croître exponentiellement. Dans le B2C, Google, via Google Maps et Facebook via sa plateforme homonyme, capturent aussi des données en masse et notamment des photos, pour nourrir l'apprentissage de leur futures IA.

Vers quelle régulation aller ?

L'enjeu sociétal de l'IA est donc certain et va de pair avec le déploiement d'infrastructure de collecte de données. Pourtant aujourd'hui, ce sont les robots qui sont sous le feu des projecteurs des politiques, comme le montre l'adoption cette semaine par le Parlement Européen d'un texte déposé en janvier sur le régime légal à appliquer aux robots. Une lettre de mission pour que la Commission Européenne s'empare du sujet et légifère dans les Etats de l'Union Européenne.

Mais les robots sont du hardware, or le hardware progresse moins vite que le software. La question de la régulation de l'Intelligence Artificielle à grande échelle arrivera donc certainement bien avant celle des robots.
Aujourd'hui le privé et les associations de chercheurs comme celle des signataires des « 23 principes d'Asilomar » (dont l'astrophysicien Stephen Hawking et Elon Musk, patron de Tesla et SpaceX) sont les plus avancés en matière de réflexion sur l'éthique de l'intelligence artificielle. Les robots monopolisent les débats mais ne représentent qu'une faible partie des enjeux autour de la régulation de l'intelligence artificielle.

Le politique est-il en train de se faire dépasser par ce sujet comme lors de la révolution précédente du numérique ?
Qui sera le prochain "Uber de l'IA" qui déclenchera partout des manifestations des peuples pour souligner le manque de cadre de l'intelligence artificielle ?


mardi 14 février 2017

La blockchain va-t-elle tout disrupter? Pas si vite...

La blockchain va-t-elle tout disrupter? Pas si vite...


Dans un billet récent (Entreprise du futur: arrêtons de parler de technologie) que vous avez particulièrement apprécié (si j'en crois les statistiques de lecture), GreenSI se demandait si cela avait encore un sens de parler de technologies et non d'usages? 

Cette semaine on va revenir sur le buzz qui entoure une technologie certainement prometteuse, ou peut-être pas d'ailleurs : la blockchain

La blockchain, c'est la technologie au cœur du bitcoin et de plusieurs autres monnaies virtuelles. Ce sont des monnaies administrées en dehors du système bancaire - car ce sont des livres ouverts - qui enregistrent toutes les transactions en toute confiance, car de manière vérifiable et permanente. Elle est apparue sur les radars des technologies disruptives en 2015 (La blockchain sur le radar des banques... mais pas que) quand on a imaginé son usage au-delà de la monnaie.

Cette technologie est très adaptée à la gestion des contrats, des transactions et de grands registres. Elle a donc certainement le potentiel de redéfinir une économie mondiale capitaliste qui repose principalement sur ces objets pour définir la propriété, l'identité ou les interactions entre acteurs économiques. Sur ce potentiel, il n'y a donc finalement aucun doute.
En revanche, on peut se poser la question de la vitesse à laquelle peut se produire cette révolution. Et là, GreenSI n'est pas toujours en phase avec ceux qui en parle pour demain.

Le raisonnement est simple. La blockchain fait partie des technologies qui construisent les architectures des systèmes d'information. C'est comme les API qui gèrent les échanges entre applications, ou même les protocoles de communication de réseaux qui gérent les échanges entre machines, ou encore l'opendata qui promet de faire circuler librement des données entre les acteurs dans les villes intelligentes. 

Or, les architectures des systèmes d'information ne se changent pas en une nuit !

La durée de vie moyenne des applications est de l'ordre de 7 ans, celle des architectures certainement plus proche du double. À titre d'exemple, on est passé du client serveur (1980) à l'internet (2000) en vingt ans, et encore, de nombreux mainframes existent toujours. 

L'adoption du Cloud va atteindre les 10 ans et la prochaine architecture de l'internet, celle de l'internet industriel des objets commence à peine (Industrial IoT) et ne sait pas encore comment elle va gérer 30 à 50 milliards d'objets en 2020.

Pour GreenSI, il y a donc peu de chance que les blockchain transforment du jour au lendemain les architectures des banques, des notaires ou des bourses, pour ne citer qu'eux.

Bien sûr, il y aura des succès et des échecs qui, comme le bitcoin, vont intégrer en un seul système l'architecture, les applications et les usages, sans remettre en cause l'existant mais en cherchant à le "disrupter". Ces succès accelèreront la prise de décision, domaine par domaine, sur les enjeux et le potentiel de cette technologie. Pour "cracker le code", ils vont dans un premier temps absorber les financements du capital risque qui ont commencé en 2013 et les investissements des banques comme nous le rappelle le cabinet CBInsight dans ses études régulières sur les investissements des VCs.



En revanche, le remplacement à grande échelle de, par exemple, l'architecture juridique et technique des actes de propriété en France, se fera à la vitesse adminissible par la société et non à celle possible par la technologie. Et dans le cas de figure cité, peut-être jamais ! On se rappelle tous que la loi Macron n'a même pas réussi à réformer le numerus closus de la profession en 2016 et créer les 1800 nouveaux offices de notaires attendus par les Français. Alors de là à dépoussiérer l'architecture de leur système d'information, ne nous emballons pas trop vite...

Les secteurs où des usages de la blockchain sont identifiés sont par exemple la banque (tenue de compte), les paiements et transferts d'argent, les marchés d'actions, les droits de propriété, les diplômes, la cybersécurité, les votes, les allocations sociales, les programmes de fidélité, la location de biens, les transactions des "objets" de l'internet des objets et notamment la gestion de l'énergie... 

La capacité à remplacer l'architecture des différents secteurs est donc certainement une variable clef à ne pas oublier pour déterminer la vitesse d'adoption de la blockchain. Dans les domaines où un existant bien établi et juridiquement encadré existe, il n'y aura certainement pas de révolution avant 10 ans. 

Un autre critère d'accélération à regarder est l'ampleur des économies possibles car elle attire la convoitise, puis les investissements et enfin l'innovation.
Une technologie permettant de reposer les bases d'une architecture d'un système vise une économie radicale.

Pour McKinsey&Co qui a publié le mois dernier une étude sur la blockchain centrée sur l'assurance et la banque, le déploiement commercial de la technologie se fera progressivement d'ici 2021 pour les cas d'usages qui ont le plus de potentiel. Les expérimentations se feront en 2018 et selon la "courbe de hype" du cabinet Gartner, on saura au mieux en 2020 quels sont les usages qui permettront d'atteindre le "plateau de la productivité".

Le secteur ayant le plus de potentiel étant celui des transactions transfrontalières d'entreprise à entreprise, générant entre 50 et 60 milliards de dollars d'économies, suivi du financement du commerce avec 14 à 17 milliards de dollars. Les sept cas d'usage qui ont le plus de potentiel génèreront de 80 à 110 milliards de dollars d'économies, donc autant d'opportunités pour les entreprises ou les startups qui sauront les réaliser. À titre de comparaison, bientôt 1 milliard aura été investi dans les startups de la blockchain comme le montrait le graphique précédent.

Donc oui, la blockchain est promise à un bel avenir, mais sa capacité de disruption est certainement sur-vendue.

Cette capacité sera localisée dans certains domaines dont elle reposera les fondements de l'architecture, ce qui prendra du temps - un peu comme l'internet d'ailleurs, qui a balayé les réseaux privés pour un réseau communautaire mondial basé sur TCP/IP.
Cela ne sera pas en quelques semaines, mais en 3 à 5 ans pour les applications les plus rentables et certainement jamais pour beaucoup d'autres.

Les notaires peuvent donc dormir tranquilles et continuer de rêver de transmettre leur étude et son système d'information aux petits-enfants de leurs enfants...

jeudi 2 février 2017

Connaissez-vous votre jumeau numérique (digital twin) ?

Connaissez-vous votre jumeau numérique (digital twin) ?

Une des tendances des projets dans le domaine de l'internet des objets semble être celle du "digital twin". Pourtant, on rencontre encore peu ce concept dans l'actualité française (sauf sur ZDNet ! - par exemple içi) alors qu'il est très présent en Allemagne, Industrie 4.0 oblige, ou aux Etats-Unis. Il n'en fallait pas plus pour motiver GreenSI à faire la lumière sur ce jumeau numérique qui, comme la prose de M.Jourdain, est peut-être déjà plus présent qu'on le pense dans les projets de beaucoup d'entreprises et on le verra aussi, de collectivités locales.

Le jumeau numérique des personnes ("digital moi") est une notion qui est maintenant bien comprise en France.



Les traces numériques laissées par nos jumeaux sont bien réelles et les "chasseurs de primes" du monde virtuel les suivent sans vergogne jusque dans vos données personnelles. La CNIL et l'ANSI veillent et informent le grand public sur les dangers de la non maîtrise de ces vases communicants physique-numérique, par exemple quand des cambrioleurs peuvent vous suivre sur les réseaux sociaux et voir que vous êtes loin de chez vous.

La notion de "Digital workplace" commence aussi à s'installer pour outiller les salariés, les rendre plus efficaces dans leurs interactions virtuelles, et améliorer leur productivité dans le monde réel. Cette semaine c'était d'ailleurs la publication de la 9ème Edition de ce qui est la référence en matière de "Digital Workplace", l'étude annuelle de Lecko de tous les outils de collaboration virtuelle, notamment les réseaux sociaux d'entreprise, qui transforment le travail en entreprise. 

Mais qu'est-ce que le jumeau numérique d'un objet ?

Ce jumeau numérique est un compagnon informatisé d'un objet physique, qui modélise en partie cet objet physique (d'un simple nom jusqu'à un modèle 3D sophistiqué) et utilise des données de capteurs installés sur cet objet physique pour représenter son état, sa position... quasi temps réel. Quelqu'un qui ne serait pas dans le monde physique de l'objet (tout simplement à distance) pourrait quand même suivre l'évolution de l'objet en explorant le monde numérique.

Un exemple qui existe depuis plusieurs années est celui de la raquette connectée (Play) de la marque Babolat. Son capteur interne dans le manche lui permet de mesurer les vibrations de la raquette lors d'un match et de représenter en temps réel tous les impacts de balle, les angles, la force, le côté qui frappe (coup droit ou revers)...

Un coach du joueur pourrait être tranquillement installé dans la loge avec son smartphone pour donner des conseils pour améliorer le jeu à la fin du match... même sans avoir vu le match. D'ailleurs le coach peut lui même être un coach virtuel, un programme informatique, qui analyse la partie par rapport à d'autres parties ou la progression dans le temps du joueur.

Babolat a aussi un produit (Pop) qui n'est qu'un bracelet connecté autour du poignet du joueur car en  analysant son bras en permanence il y a déjà beaucoup de données exploitables. Ce bracelet appartient au jumeau numérique du jouer et la raquette a aussi son propre jumeau.

A l'avenir les jumeaux d'humains et d'objets vont de plus en plus interagir dans le monde virtuel. 

Quittons le grand public et demandons nous quels sont usages des "digital twin" en entreprise ?


L'entreprise va cibler les enjeux d'amélioration de la performance des objets, des équipements, des systèmes ou des usines.
Supposons donc que l'entreprise synchronise en permanence avec une plateforme les données entre des équipements et leur jumeau numériques accessibles par divers interface (smartphone, tablette, lunettes, écrans muraux...). Les usages sont multiples comme:

  • de projeter les données numériques quasi temps réel du jumeau virtuel sur l'objet physique (en utilisant la réalité augmentée). Par exemple un technicien qui passe devant une pompe peut avec son simple smartphone lire le débit et le temps de marche de la pompe, en fait de son jumeau virtuel accessible depuis son smartphone.
  • de manipuler l'objet numérique pour se former ou préparer une manipulation sur le "vrai" objet physique (en utilisant la réalité virtuelle). C'est par exemple un technicien qui visite virtuellement une installation et se prépare au réglage d'une chaîne de production.

    Si le modèle qui fait réagir le jumeau virtuel est sophistiqué, la simulation ira au delà de la visualisation de données et permettra de piloter le jumeau comme dans un jeu vidéo. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'un des acteurs, PTC, a annoncé fin 2016 un partenariat avec Unity, le moteur de jeu vidéo multi-plateformes le plus utilisé.
  • de collaborer à plusieurs autour de ce jumeau numérique (en réalité virtuelle). L'un des acteurs peut guider les autres qui voient sur leur écran ou leur casque, ce que voit cet acteur. Ce dispositif est complété par un dispositif audio pour qu'ils se parlent en direct. C'est par exemple un groupe de techniciens qui visite virtuellement l'installation précédente.
  • d'analyser le jumeau numérique pour comprendre, prédire et optimiser les performances des actifs physiques sans avoir besoin d'embarquer le logiciel dans la machine comme on l'aurait fait il y a quelques années. Couplés à des algorithmes d'auto-apprentissage (machine learning) on peut même optimiser sans définir de modèle préalable.


  • Ce sont par exemple les systèmes de pilotage de la distribution d'eau potable, comme Aquadvanced™, celui de SUEZ. Ils permettent par modélisation hydraulique et capture des données par secteurs, d'optimiser le rendement du réseau a tout moment.
Sans surprise, le digital twin est un concept développé dans l'industrie avec les acteurs majeurs de l'informatique de ce secteur comme le français 3DS, l'allemand Siemens, les américains PTC et GE Digital et qui ouvre donc de belles perspectives de développement des produits.
Réservées au départ aux produits complexes et chers (notamment l'aéronautique), ces technologies sont aujourd'hui accessibles pour des produits aussi "simples" que des raquettes de tennis qui se commercialisent à moins de 400€.

Digital city, ma ville jumelle

GreenSI s'est aussi posé la question d'appliquer ce modèle de l'industrie à un système complexe que l'on connaît tous très bien, la ville. Petite, moyenne ou grande métropole, elle se modélise dans l'espace et l'utilisation des GPS a radicalement accéleré sa modélisation 2D, et pour certaines en 3D.
C'est par exemple le cas de Rennes Métropole très engagée depuis longtemps dans la représentation, d'abord cartographique et maintenant digitale de la ville, par exemple pour explorer ses projets qui vont la transformer jusqu'en 2030 (Rennes 2030).

On peut aussi citer la Ville de Paris qui a lancé une consultation pour modéliser les 2500 km d’ouvrages souterrains d’assainissement (dont 2300 km de galeries visitables) qui assurent la collecte et le transport des eaux usées et pluviales sous Paris. Les entreprises travaillant pour la Ville de Paris pourront prochainement visiter virtuellement ces ouvrages avec un navigateur web et ainsi mieux préparer leur rencontre ultérieure, avec le jumeau physique cette fois.

Mais ce qui a récemment retenu l'attention de GreenSI c'est l'énergie mise par Google, en lien avec sa division SideWalkLab, dédiée à la "smart city", de modéliser toujours plus loin le jumeau de la ville.
Google maîtrise déjà la ville en 3D avec ses GoogleCars, le trafic, les zones d'affluences (apparues l'été dernier),... autant de moyens de captures de données automatiques pour construire le jumeau numérique des villes sur ses serveurs.

Mais Google exploite aussi le "crowdsourcing", façon de "Waze" ou "Open Street Map" et anime la collecte de données de Google Maps avec des outils intuitifs pour que chacun contribue (voir photo). Les (+) représentent des lieux où il manque à Google des données comme les horaires d'ouverture, des photos ou le "rating" de l'endroit. En cliquant dessus les ambassadeurs locaux de Google peuvent les renseigner et gagner... des points !

Personnellement j'ai remarqué que la pression de Google pour récupérer ces données s'était accentuée. Dans les 15mn après la prise de vue sur un lieu d'intérêt, Google me demande de rajouter mes photos à Google Map, et me propose régulièrement de vérifier des informations qu'il a sur les lieux dont je suis proche. La collecte massive d'images permettra certainement ensuite de mettre à jour le modèle 3D et surtout le modèle décisionnel avec des données qualitatives.

Le dernier service lancé par sa division SideWalk est le contrôle du stationnement de surface. D'un côté Google valorise l'information sur les disponibilités des places de parking qu'il détecte, de l'autre il propose aux villes de trouver les habitants indélicats qui ne paieraient pas leur parkmètre. Un domaine qui va d'ailleurs être prochainement privatisé en France en 2018.

Mais Google n'est pas le seul acteur de la donnée en ville. On imagine qu'Uber, qui développe ses propres cartes, étant toujours prêt à nous inventer un nouveau service "Uber-X", est déjà dans les starting-blocs pour la collecte de données et prendre des positions sur la logistique du dernier kilomètre.
Ceci devrait faire réfléchir les métropoles sur la vitesse avec laquelle d'autres sont en train de construire leur "city digital twin" à leur place...

L'espace urbain remodelé par son jumeau numérique

Le champ d'application dépasse largement le parking des voitures: terrasses de café, marchés, parcs...
L'espace public est aujourd'hui vu comme une source de coûts financés par des impôts mais il a pourtant bien une valeur économique. A l'heure où les villes repensent leur modèle économique, la vision de Google d'en optimiser l'usage, et donc la valeur, peut séduire les collectivités pour imaginer la location de l'espace urbain en général (pas que des places de stationnement) comme une moyen de les rentabiliser.

GreenSI va même plus loin ! Imaginons : plusieurs acteurs sont intéressés par le même espace à un moment donné. L'un par exemple pour installer une extension de sa terrasse de restaurant, l'autre pour organiser un espace de vente de glaces temporaire. On peut imaginer un mécanisme d'enchères qui attribuerait dynamiquement les espaces à celui qui ferait la meilleur offre. Les acteurs susceptibles de louer les espaces indiqueraient à l'avance sur la carte de la ville leur préférences et le prix maximum qu'ils sont prêts à payer en fonction des jours, voire des heures, pour chaque espace.

Bref, vous avez certainement reconnu le mécanisme d'AddWords qui permet d'acheter des mots-clefs d'une recherche Google et d'afficher les publicités de ceux qui payent le plus sur les espaces du moteur de recherche de Google. GreenSI ne peut pas imaginer que Google n'y ait pas pensé ;-)

Numériser et indexer le monde physique est donc devenu dans tous les domaines un sujet en fort développement, il donc temps de s'intéresser systématiquement à tous nos jumeaux digitaux.

mercredi 25 janvier 2017

Engageons la réflexion sur l'avenir de l'Intelligence artificielle

Engageons la réflexion sur l'avenir de l'Intelligence artificielle

Dans l'actualité de la semaine on ne pouvait pas manquer l'annonce par Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat en charge du numérique et depuis octobre dernier de l'innovation, du lancement de la mission "France IA" pour définir une stratégie nationale en Intelligence Artificielle pour la France.

Une démarche pleine de sens, tant la France a d'atouts sur ce sujet (mathématiques, ingénieurs, recherche...), mais une démarche tardive à moins de quatre mois d'un nouveau gouvernement...

Espérons que cette démarche réussira au moins à boucler  sa première étape d'identification des acteurs et à faire parler de ces atouts, à défaut de pouvoir déjà fédérer ces acteurs façon "French Tech" avec par exemple un label "France IA" démontrant la qualité du savoir faire français.

Les domaines de l'IA sont très vastes, mais tous sont stratégiques pour l'évolution de l'Industrie et des services numériques. Il rassemblent principalement :
  • l'apprentissage automatique (machine learning)
  • la vision des ordinateurs en temps réel ou par analyse d'images/vidéos
  • les robots intelligents (versus simplement programmés)
  • les assistants virtuels
  • la reconnaissance du langage (speech to speech)
  • la reconnaissance des gestes
En parlant d'intelligence artificielle, aujourd'hui les plateformes GAFA+MI n'en sont plus à simple la réflexion. Elles sont opérationnelles ! Leurs organisations ont recruté les meilleurs spécialistes, elles ont racheté ou investi dans les startups disruptives et se font la course pour trouver le modèle économique qui dominera :
  • Google a développé une stratégie d'enrichissement de ses services avec Google Now qui vise a être votre assistant personnel, mais aussi Google Maps et les débuts d'Allo qui amène son IA dans une messagerie instantanée pour devenir un assistant virtuel.
  • Amazon a surpris toute l'industrie avec "Echo" - dont GreenSI a déjà parléun appareil dans la maison dopé à l'IA d'Alexa pour déplacer cette assistance virtuelle dans le quotidien et non en mobilité (où le smartphone reste le terminal n°1 en attendant la voiture)
  • Facebook
  • Apple, le pionnier avec Siri, l'assistant virtuel sur iPhone, mais qui dans ce domaine aussi peine a se renouveler et innover depuis quelques années.
  • Microsoft, avec une stratégie résolument dans le Cloud depuis l'arrivée de Satya Nadella, où la Cortana Intelligence Suite et les "Azure Cognitive Services" sont mis à la disposition des entreprises qui développent des applications pour les enrichir avec de l'IA.
  • IBM parti plus tôt avec Watson dès 2011, qui est devenu une division d'IBM en 2014, a une stratégie similaire mais totalement orientée vers les grandes entreprises, même si ses services sont disponibles en ligne sur BlueMix sa "plateform as a service" (PaaS).
GreenSI, a une position plus tranchée sur Facebook qui semble un peu derrière ces acteurs sur le plan des réalisations opérationnelles. Annonce de "M" en 2014, ouverture d'un Lab (à Paris) en 2015, pourtant son IA est uniquement présente avec des "bots" dans Messenger dont l'intelligence est réellement dans l'ecosystème des startups comme Chatfuel qui permettent de les faire fonctionner. Et ce malgré une communication bien rodée en fin d'année dernière avec la vidéo "intime" de Mark Zuckerberg parlant à Jarvis qui pilote sa maison.

Mais si on regarde quelques années en arrière, les jeux dans Facebook ont explosés avec des sociétés comme Zinga et non avec des développements propres. Rappelons-nous aussi que Facebook a failli rater le virage mobile en 2011. Leur application interne n'était pas au point. C'est le rachat d'Instagram (2012) puis de Whatsapp (2014) qui leur a donné la légitimité et qui a fait décoller leur cours de Bourse mi-2013, une fois les analystes rassurés sur le fait que Facebook pourrait capter la manne de la publicité mobile. La stratégie de Facebook semble donc pour l'instant beaucoup plus axée sur son écosystème et la co-innovation. Cela pourrait changer quand Facebook exploitera les conversations de ses 1,7 milliards de membres actifs mensuels (1 sur mobile) et mieux connaître le genre humain...

Dans les autres acteurs, on peut aussi citer ceux qui sont en embuscade et qui entrerons dans le peloton de tête de façon opportuniste avec un rachat ou de nouveaux services, mais qui pour l'instant agissent via leur fonds d'investissement qui prennent des positions : Salesforce (Digital Genius, MetaMind ), Samsung et pourquoi pas le français AXA qui avec AXA Ventures s'interesse de très près au sujet dans ce qui pourrait outiller la santé (Neura, BI Beats, Medlanes) ou la location immobilière (price methods devenu Wheelhouse)

Au niveau des applications, les assistants virtuels et les objets intelligents (et connectés) en B2C et B2B,vont certainement tirer les usages à court terme. Dans les assistants virtuels, attendons-nous a voir les sites fleurir des "chatbots" pour améliorer la qualité de service en ligne dont une partie sous Facebook.

En terme d'industries, la santé est celle qui oriente 15% des investissements des startups (selon CB Insights) suivi de près par l'expérience client et l'analyse de données. Le marché B2C sera donc tiré par la santé et le B2B pour les deux derniers.

L'IA n'est pas non plus une nouveauté puisque l'origine est souvent donnée à "Computing Machinery and Intelligence" d'Alan Turing en 1950 et les premiers algorithmes de diagnostic médical datent des années 1970 (Mycin). Notre ex-pépite nationale Ilog créée en 1987 s'est faite avaler par IBM en 2009. On constate donc une effervescence mondiale, et des investissements en hausse depuis 2010. Les voyants de la stratégie française devaient donc clignoter depuis longtemps quand Axelle Lemaire est passée devant, et finalement malgré un contexte peu favorable a décidé de relever le défi avec Thierry Mandon (Recherche).

Oui, la "France des ingénieurs" a une certaine avance sur le sujet. Car même si elle fleurte avec le dernier rang du classement PISA en mathématiques au collège, sa recherche et son enseignement supérieur sont au plus haut niveau mondial. L'ambassade de cette excellence comptant dans ses rangs Cédric Villani, médaille Fields en 2010, qui par sa photo officielle qui a fait le tour du monde, incarne à merveille la modernisme et la tradition pour les sciences.

L'intelligence artificielle est aussi un vrai sujet de société qui dépasse largement le champ du numérique, puisqu'elle vise à développer des dispositifs imitant ou remplaçant l'humain.

Son rôle dans la société sera donc certainement débattu, domaine par domaine, industrie par industrie dans les années qui arrivent. L'algorithme est déjà sous les feux du débat, avec la question très naïve de sa neutralité, mais l'IA va plus loin puisqu'elle donne la main à un machine.

L'IA sera acceptée quand elle permettra par exemple de sauver des vies en accélérant les décisions et en réduisant les risques d'erreurs de diagnostic, mais certainement très challengé quand les usines Michelin de Clermont-Ferrand auront plus de robots que d'humains syndiqués...

Ce débat a été lancé cette semaine au Forum Economique Mondial de Davos Satya Nadella participait à un débat sur l'intelligence artificielle : "Quels profits la société toute entière peut attendre de l’IA".

Le PDG de Microsoft a défendu l'idée que ceux qui disposent des platerformes d'IA devraient l'orienter vers des tâches aidant les humains plutôt que supprimant des emplois.
Au delà de l'intention très louable de Microsoft, et de l'humanisme avéré de son leader, ne soyons quand même pas dupes, car cette question est celle qui différencie un Microsoft d'un Google pour rejoindre le cercle très fermé des GAFAs...

Microsoft ou IBM en B2B vendent leur technologie à des entreprises qui décideront des usages. On a encore du mal a croire qu'ils refuseront une vente quand un patron d'usine viendra les voir pour outiller ses usines avec leur technologie. Il est aussi probable que les investisseurs qui depuis 2011 mettent des centaines de millions dans le développement de startups visent en priorité les usages qui valoriseront le mieux leur participation sans nécessairement prendre en compte l'avenir de l'humanité.

Google, Facebook, IBM, Microsoft et Amazon ont aussi créé un alliance pour instaurer de « bonnes pratiques » dans ce domaine, et mieux informer le grand public. Et puis à la conférence Frontiers en octobre dernier (billet GreenSI), la Maison Blanche avait organisé un débat et pris des engagements sur l'IA et les robots.

Donc oui, la France a un autre risque de retard. Celui de ne pas participer à la réflexion sur l'éthique de l'IA qui est enjeu majeur dans les années qui arrivent.


Une réflexion qui se traduira demain en usages standards qui pourraient s'imposer à tous, et surtout ne pas limiter les usages qu'on ne voudrait pas voir se développer. Car dans ce jeu, les plateformes mondiales seront certainement les plus influentes, et il sera ensuite trop tard de vouloir interdire telle ou telle plateforme depuis le sol français, ou européen.

L'IA n'est bien sûr pas un ennemi mais un redoutable allié au service de la stratégie d'entreprise, et certainement du développement de nouveaux services intelligents pour l'industrie et la ville numérique. C'est surtout une compétence qui se marie très bien avec les capteurs et l'augmentation du nombre de données capturées par les systèmes d'information.

Dans l'entreprise en 2017, GreenSI conseille donc que ce soit l'année de la réflexion pour anticiper cette technologie qui au-delà de transformer les usages va modifier les relations entre l'Homme et la machine. Une autre façon de se repenser son avantage concurrentiel.

dimanche 22 janvier 2017

(Interview) L'évolution de la Smart City

(Interview) L'évolution de la Smart City


Le forum Smart City Toulouse organisé par La Tribune, a été l'occasion de revenir sur le chemin parcouru par le concept de ville intelligente en France et de donner une tendance pour l'avenir.

 


D'une vision technologique poussée par des fournisseurs de technologie américain, la ville numérique s'est réinventée avec les citoyens et comme modèle d'attractivité et de transformation numérique de collectivités locales en mutations.

lundi 16 janvier 2017

Entreprise du futur: Arrêtons de parler de la technologie

Entreprise du futur: Arrêtons de parler de la technologie

Ce billet a commencé dans une discussion sur Twitter à propos d'un article qui parlait "des technologies du futur de l'Internet des Objets" et citait la litanie des technologies à la mode (bigdata, IA, blockchain...).

C'est un article qui coche certainement tous les buzzwords du moment pour attirer l'attention en pleine période du CES de Las Vegas quand les technologies les plus folles sont sur le devant de la scène, mais un article qui donnait peu de clefs sur le futur aux non initiés.

Il y a un an, un billet de GreenSI mettait d'ailleurs en garde sur le piège de "la déférlante des acronymes de nouvelles technologies" pour imaginer sa stratégie numérique (Priorités de la DSI 2016: place au concret !). Non, si vous n'avez pas de projet blockchain ou bigdata cette année vous n'avez pas raté votre vie ! ;-)

D'où la question de GreenSI : est-ce que cela a encore un sens de parler de technologies et non d'usages ?

Le mot usage est sur toutes les bouches, mais on continue de trouver trop beaucoup d'articles sur les 7 ou 10 technologies qui vont changer le monde, alors qu'on sait bien que ce seront les usages qui s'en chargeront.

L'entreprise du futur le sera d'abord par son organisation et son utilisation du numérique.

Gilles Babinet parle de plateformes dans son dernier ouvrage (Transformation digitale: l'avènement des plateformes), en faisant référence aux GAFAs, mais ne nous y trompons pas, ces plateformes ne sont bien sûr pas uniquement technologiques.

Certains domaines comme celui de la "voiture autonome" ont pris de l'avance dans cette direction comme le faisait remarquer le dernier billet (CES 2017). Pour parler de l'avenir de la voiture, on pourrait évoquer l'IA, les capteurs, les radars, le logiciel embarqué, le logiciel temps réel, le bigdata,... mais finalement c'est bien l'usage, et l'interface homme-machine au coeur de cet usage, qui prime: rendre la voiture autonome.

Donc désolé, mais pour GreenSI l'internet des objets n'a pas de futur en tant que tel.

L'IoT contribuera peut-être à l'avenir de nombreux usages et de nombreuses industries. Il sera certainement essentiel dans l'avenir des usines et de l'industrie en général, on parle même d'Industrial IoT pour souligner les progrès qu'il a y à faire en terme de sécurité et de robustesse. L'IoT a aussi besoin des autres technologies de la donnée et de leur analyse pour être pertinent. Seule, l'IoT reste une technologie.

C'est la même vision qu'il faut avoir avec la ville intelligente, "smart city" pour les anglophones, qui représente l'évolution des usages pour rendre le modèle de la ville durable avec l'augmentation continue de la population urbaine et améliorer la qualité de vie pour tous les citoyens.

Les premières expérimentations menées par des sociétés de technologies américaines ne rencontrent plus un tel engouement aujourd'hui, quand les collectivités ne peuvent y mixer les usages par les citoyens, ou leurs usages pour se transformer elles-mêmes.

Et puis la FrenchTech est passée par là, avec une vision plus centrée sur les usages de la ville en France et moins sur des frameworks mondiaux censés fonctionner aussi en Inde et en Amérique du Sud. Les plateformes doivent s'adapter dans chaque pays au contexte légal et aux attentes de leurs utilisateurs.

On peut également citer la technologie blockchain, devenue célèbre avec son premier usage, la monnaie électronique décentralisée comme le bitcoin, mais qui est aussi promise à un bel avenir dans de nombreux domaines où la traçabilité et la confiance peuvent réinventer les usages et les chaînes de valeur. Ce sera certainement le cas dans le secteur de l'assurance.

Alors pitié, arrêtons de ne parler que de technologies, de les égréner à l'infini. Ne faisons pas que répéter qu'il faut parler d'usages, mais recentrons le débat sur les usages, justement !

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise technologie. Mais il y a des usages qui se discutent, se débattent et s'approprient pour faire évoluer la société. Les technologies de base de données ou d'internet servent autant aux dictateurs qu'aux démocraties, à créer des fichiers et à surveiller les populations...

La confusion vient peut-être du fait que les technologies comme le bigdata ou la blockchain restent des domaines de compétences. Des domaines d'apprentissage pour ceux qui rejoignent l'industrie du numérique après l'école ou par reconversion. Ces domaines ont des experts, souvent reconnus, qui structurent les organisations des prestataires de services (conseil, ESN...).
Mais ces technologies et leur découpage sont-ils pertinents pour parler des projets et des trajectoires des entreprises ou de la société ?

À l'heure du lancement des nouveaux projets pour 2017, ne tombez pas dans le panneau de lancer un projet bigdata ou blockchain, vous serez forcément déçu si vous n'avez pas un objectif centré sur un usage attendu. Et l'usage dépend de vos utilisateurs, de votre business modèle ou du design initial.


C'est d'ailleurs une question qui se pose à toute l'industrie des prestataires informatiques, regroupés en Syntec Numérique, pour aborder leurs nouveaux clients. Une approche segmentée par technologies ne semble plus pertinente pour aborder les projets de demain.

Les nouveaux acteurs de l'innovation comme le NUMA, ou des sociétés qui ont remis à plat leur offre comme Weave, ne parlent plus de technologies mais d'étapes dans la construction agile d'un nouveau produit ou d'objectifs pour l'entreprise du futur : découverte, exploration, MVP - minimum viable product,...

À ces nouveaux acteurs de mobiliser l'équipe technologique pluridisciplinaire, interne ou externe, qui pourra faire progresser la réflexion, puis la construction des nouveaux services et surtout de l'organisation pour les opérer.

L'intelligence artificielle et les algorithmes avancés, qui d'ailleurs n'ont rien de nouveau et existent depuis les débuts de l'informatique, vont obliger à aller plus dans la fabrication collaborative des produits, tant le modèle mathématique, la modélisation numérique de l'objet (de la 3D aux 7 niveaux du BIM - Building Information Modeling) et les mesures temps réel de l'objet sont intimement liées.

Le marteau, les clous, les ciseaux et la tenaille, nous ont impressionnés quand ils ont été forgé la première fois, mais c'est bien notre capacité à créer l'atelier de menuisier capable de fabriquer tout ce qui est en bois qui fera la différence.
Pour GreenSI, l'avenir est sans aucun doute aux méthodes et aux organisations qui sauront outiller la fabrication collaborative de services autour de maquettes numériques (modèles, data, API). Par exemple, les "fablabs" pour les objets physiques, Autodesk pour les objets 3D, Github pour le logiciel, Trello pour la conception agile... Ces outils collaboratifs sont certainement là pour durer et nous aider à réinventer les ateliers à l'ère du numérique et de la collaboration généralisée.

Ce seront des ateliers capables de forger tous les matériaux dont l'entreprise du futur a besoin pour ses nouveaux usages.


mardi 10 janvier 2017

#CES2017 : le Cars Electronic Show à Las vegas

#CES2017 : le Cars Electronic Show à Las vegas

Non, il n'y a pas d'erreur dans le titre !

Cette année le CES à Las Vegas qui a fait l'objet du dernier billet (pourquoi tant de buzz?) est devenu, en l'espace de quelques keynotes, le salon mondial de l'automobile de demain. Alors de là à troquer le "C" de Consumers dans CES pour le "C" de Cars, il n'avait qu'un pas que GreenSI a franchi pour marquer les esprits.

Commençons par un retour en arrière. En octobre 2013, GreenSI publiait "Numérisez-vous vite, avant que les 'Tech Companies' ne prennent votre business". Ce billet analysait une étude qui mettait les GAFAs au même niveau que les constructeurs haut de gamme, en terme de notoriété, pour acheter une voiture. 




Au salon de l'automobile de la même année 2013, après un salon 2012 morose sur fond de crise et de plans de restructuration, les "Tech companies" ont bousculé l'agenda: on commençait à parler de voiture autonome et d'OS dans la voiture. Les géants de la technologie venaient de débarquer dans l'industrie automobile et dans ses salons !

Ensuite, Tesla a démontré sa force, développé ses ventes, ses usines et ses modèles avec un nouveau paradigme : puissance mais électrique, connecté et numérique à bord, mise à jour logiciel sans retour au garage, très grande réactivité pour corriger un problème...

Les constructeurs ont alors eu deux ans pour peaufiner leur stratégie numérique, et 2015 a été une année chargée en annonces. Pour n'en citer que quelques unes :
  • avril 2015 : partenariat technologique entre Peugeot et IBM, Ericsson et Orange
  • août 2015 : rachat de HERE (cartographie et services en ligne) à NOKIA par BMW, Audi et Mercedes
  • septembre 2016 : Renault-Nissan signe un partenariat avec Microsoft
  • novembre 2015 : partenariat entre Mercedes et Bosch dans la voiture autonome (qui assiste Tesla avec ses radars)
  • 2015 : rumeurs de premières discussions avancées entre Ford et Google,
  • été 2016 : partenariat Google avec Fiat-Chrysler sur Android dans les systèmes de divertissement embarqués
  • septembre 2016 : Peugeot-Citroën lance une marque, Free2Move
  • décembre 2016 : Apple officialise son intention de développer un véhicule autonome, mais certainement en partenariat avec les rumeurs d'abandon du projet prochainement
  • décembre 2016 : lancement de Waymo la marque de Google pour le logiciel des voitures autonomes.
Dans ce contexte, la déferlante de constructeurs au CES de Las Vegas est bien une riposte dans cette bataille pour la voiture à l'ère du numérique.


D'autres industries, comme celle de la musique, ont mis plus de temps pour réagir, pour comprendre que c'était une transformation qui s'appliquait aussi à eux et à leur business modèle et que cette transformation était pilotée par leurs clients et par le numérique. Il était facile de croire il y a 10 ans qu'ils avaient affaire à de simples "barbares" qu'ils pourraient maîtriser avec des barrières à l'entrée, comme la Hadopi, mais surtout sans se transformer. 

L'avenir aura montré l'inverse. Aux Etats-Unis l'an dernier, le chiffre d'affaires du streaming audio a dépassé celui des téléchargements, les ventes de vinyles explosent, et les CD sont morts... C'est donc bien une transformation complète du modèle par les plateformes qui est passée par là.
Ford, Toyota, Renault pour ne citer qu'eux, ont donc profité du CES à Las Vegas pour partager leur vision sur la voiture et les transports de demain.

Une vision qui met la relation entre les passagers et la voiture au premier plan, comme le symbolise Toyota à sa keynote sur cette photo. Le futur de l'automobile ne sera pas qu'une voiture autonome mais aussi une voiture connectée à ses passagers avec une intelligence artificielle pour les accompagner quand ils sont dedans.




Carlos Ghosn, PDG de Nissan et de Renault, s'est déplacé en personne pour la première fois au CES, pour y donner une keynote où il a annoncé les résultats du partenariat stratégique entre Microsoft et Nissan autour de Cortana, l'assistante virtuelle de Microsoft

Cet assistant connecté disponible sur votre ordinateur Windows10 sera également là pour vous accompagner vocalement dans votre Nissan et vous assister dans votre voyage. Relié à internet, aux données de bord et à des données externes, il est en bonne position pour vous conseiller et répondre à une question. En tout cas plus que vous car en attendant la voiture autonome, vous avez toujours vos deux mains sur le volant...

Ford s'est lui associé à Amazon et sa technologie Alexa, aussi retenue par les hotels Wynn de Las vegas. L'IA rentre d'un coup dans l'habitacle, là où les voitures les plus avancées avaient un simple bouton d'assistance relié à une plateforme teléphonique.

Pour les fans de Star Wars on pourrait résumer cette vision en disant que la voiture ne sera donc pas qu'un simple robot R2-D2 pour nous guider, mais aussi un robot protocolaire C3-PO qui saura animer nos voyages ;-)

BMW, qui était déjà présent au CES 2016, est revenu annoncer qu'il utilisera les services de Cortana dans ses prochaines voitures, laissant entrevoir que Microsoft se positionne en fournisseur de l'industrie automobile au même titre qu'un Valéo, un Faurecia, ou un Bosch.

BMW a aussi présenté son système tactile "HoloActive", une interface entre le conducteur et le véhicule qui agit comme un écran tactile virtuel qui flotte dans le véhicule. Un dispositif qui n'est pas sans rappeler les Hololens du même Microsoft avec des gestes de doigts, mais sans avoir besoin de porter de lunettes. L'interface entre la machine et l'Homme est bien en train d'être redéfinie par le véhicule.

Chez Toyota c'est Bob Carter, Senior VP, qui a présenté l'intelligence artificielle du dernier "concept car" de Toyota, comme si il était au Mondial de l'automobile à Paris et non dans un salon de Geeks.
Une intelligence artificielle qui connaît et comprends ses passagers, leur humeur, et surtout leurs habitudes de déplacement. Plus vous l'utilisez, plus elle peut vous aider et intervenir dans vos voyages. Toute ressemblance avec des services de G... est absolument fortuite ;-)

L'annonce du recrutement de 100 personnes par Toyota cette année pour doubler la taille du centre de recherche de Toyota qui rend possible cette vision, donne la mesure de la transformation qui attend les constructeurs. Et ce n'est que la R&D... En tout cas le choix de Toyota est visiblement de développer une grande partie de ces technologies en interne, contrairement à ceux qui ont choisi la voie du partenariat avec une "Tech Company".



Malgré l'annonce de profits cette année, l'industrie automobile est confrontée à une transformation majeure :
  • le déplacement des revenus dans la chaîne de valeur (services de mobilité),
  • l'adaptation à de nouvelles habitudes des consommateurs (covoiturage, modèles locatifs, écologie,...),
  • la perspectives de voitures autonomes généralisées en 2030,
  • et bien sûr cette nouvelle "coopétition" avec les "techs companies", parfois concurrentes, parfois partenaires.
Le double jeu des "Tech companies" est une autre contrainte à prendre en compte dans la stratégie des constructeurs. Microsoft par exemple a aussi annoncé au CES sa plateforme cloud "Microsoft Connected Vehicle" pour la conception des futurs services de la voiture connectée. La protection de la propriété intellectuelle ne sera pas simple dans cette industrie en reconfiguration.

En tout cas, cette déferlante d'annonces au CES 2017 est vue par GreenSI comme le signe d'une réponse pour aborder ces mutations. La voiture est un objet connecté de premier plan au niveau mondial qui pourra concurrencer le smartphone dans l'attachement que l'humain pourra avoir avec lui. Elle confirme l'hybridation en cours, entre des sociétés de technologie et des constructeurs, pour aborder la transformation numérique de cette industrie.

La simple interface entre l'Homme et la machine veut devenir une relation, et certainement un moyen de reprendre la main sur la relation avec l'utilisateur final. Une évolution qui n'est pas sans rappeler celle de l'informatique, de la première rupture dans l'IHM du mainframe avec "Windows" (tiens, déjà Microsoft), puis l'arrivée du smartphone et de la mobilité, et demain des assistants virtuels. Mais cette évolution montre aussi que l'industrie automobile ne veut pas rejouer le scénario des Telecoms, où les OTT ("over the top") - Skype, Google, Apple, Deezer, ... - se partagent la majorité des profits des services en utilisant le réseau mis en place par les opérateurs.
Finalement les constructeurs peuvent dire merci aux "Tech Companies" de les avoir réveillés et aider à innover en dehors des moteurs et des usines !
Et quand on parle de moteur on pense gaz d'échappement. On pense aussi à la pollution des villes qui a occupé la scène médiatique de l'hiver en France mais surtout au scandale des moteurs truqués chez Volkswagen et finalement chez beaucoup d'autres. La technologie a donc un second mérite dans cette diaspora de l'industrie automobile sur Las Vegas: faire oublier le moteur ! D'ailleurs Volvo, Ford, Mazda, Bentley et Lamborghini n'étaient pas au Mondial de Paris de 2016, le salon des moteurs et des belles carrosseries sur les stands ;-)

Le CES à Las Vegas va t-il devenir pour quelques années le salon mondial de l'automobile, de son éco-système innovant créé par le numérique et de son expérience utilisateur ? En tout cas GreenSI y croit. Alors on se retrouve l'an prochain pour faire le point.
***
Si vous avez le temps de regarder une keynote du CES, je conseille celle de Toyota qui enchaîne la présentation de Bob Carter avec celle du patron du centre de R&D qui nous fait réfléchir sur l'avenir de la voiture. Les morts actuels sur les routes sont-ils plus "acceptables" parce qu'il y avait des humains au volant que si c'était des machines qui conduisaient ?